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Du côté des auteurs

La nouvelle tombe impassiblement dans la cascade de l’information permanente. Le peintre américain Cy Twombly est mort ce mardi 5 juillet dans un hôpital romain. Il avait 83 ans. Puis, déjà, d’autres nouvelles arrivent à la surface de l’écran toujours allumé. Déjà, d’autres morts recouvrent l’ancien. L’instantanéité a fait du présent un fleuve plus vorace que le Gange. Cette double prérogative de l’artiste (être présent/rester effacé), Cy Twombly l’a cultivée au point que son ultime retranchement de la scène du vivant semblait déjà appartenir au mouvement de son œuvre : une trace laissée par une présence invisible. Sur une sculpture à Houston, il a écrit ce vers d’Archiloque : « Nous leur avons laissé leur mort comme un don en souvenir de nous. » Pour tenter d’approcher Twombly, il faut prendre cette phrase à la lettre : la mort est pour celui qui crée déjà un souvenir. Très avare de commentaires sur son travail, Twombly n’a donné en plus de soixante années de création que quelques interviews. Et encore, n’espérez pas trouver dans celles-ci un manifeste. Bien qu’attiré par la culture antique européenne, c’est en artiste américain qu’il répond, peu enclin à s’appesantir sur la dimension théorique de son œuvre. Du Gardeur de troupeaux de Pessoa, qu’il aimait tant, il aurait pu extraire sa devise : « Les choses n’ont pas de signification : elles ont de l’existence. » Même si cela est absolument vrai, les peintures et les sculptures de Twombly, qui inspirèrent à Barthes à la fin des années 70 un texte d’une prodigieuse intelligence, ont une existence se signalant si extraordinairement à nos sens qu’elles semblent nous parler un langage que nous ne parlons pas encore mais dont nous saisissons, sans le comprendre, l’incroyable accent de vérité. Un langage revenu aux origines de la langue, mais après avoir sombré. Il en fut ainsi à Munich, où pour la première fois ma mémoire se souvient d’avoir croisé le nom de Cy Twombly. Un nom qui sonne comme un slogan mal articulé – et qui graphiquement m’avait directement séduit. Je ne sais pourquoi aussi, ce nom, je le sentais porteur de vitalité. Sa brièveté, peut-être, si bondissante… Un sentiment que j’éprouverais aussi vis-à-vis de son travail en le découvrant peu à peu, même après avoir appris que l’artiste pourtant était au sommet de sa reconnaissance. Non, rien, pas même les fastidieuses données biographiques, n’aurait pu contredire mon impression. Toujours est-il que l’Alte Pinakothek présentait alors les sculptures que Twombly… Lire la suite

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