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Archives (2012 - 2014)

Il y a deux mois, persuadé que le monde dans lequel nous vivions était en train de changer sous l’effet de la crise, et que nous allions connaître des bouleversements plus rapides et plus brutaux que tout ce que nous avions déjà traversé, j’ai eu l’idée d’écrire un petit livre racontant cette aventure – les grandes étapes de la crise, de la ruine des États et de la sortie de l’euro – avec un peu d’avance sur la réalité.

Un des rôles de la fiction est de proposer une vision cohérente et crédible de ce qui ne s’est pas vraiment produit, ou du moins, pas encore. De devancer les résultats toujours imprévisibles d’un événement initial, en les fixant dans l’espace imaginaire d’une vue d’ensemble. De décrire un univers virtuel comme si c’était l’univers réel.

C’est aussi un instrument d’optique, qui permet de changer à volonté l’angle du regard ; de passer de l’évocation de mouvements politiques, de troubles économiques ou de mouvements sociaux, au récit de la vie ordinaire, aux petits détails du quotidien, aux portraits d’individus rencontrés dans la rue, afin de découvrir cette planète inconnue : 2013.

Un romancier, un poète a pour métier véritable de décrire notre univers sans jamais l’expliquer. De mettre sur le même plan objectif un mort sur le trottoir, un baiser dans la nuit, un verre vide, un rire d’enfant, un regret, une averse sur le jardin, la fin du monde ou la saveur du soleil. Il s’intéresse, non aux fantasmes ou aux vues de l‘esprit, mais au monde visible. Et comme le rythme de l’existence nous empêche de regarder de tous nos yeux autour de nous, dans une vie que nous sommes obligés de vivre en temps réel, l’écrivain s’attache à mettre en forme, à monter de toutes pièces une vie inventée, claire, transparente, pour que notre regard, enfin, puisse saisir dans sa durée fictive quelques effets de réel.

Il y a trois jours, j’ai achevé ce petit livre intitulé 2013 Année-terminus, qui raconte ce qui s’est passé vraiment, « dans les mois qui vont suivre », et comment nous vivrons « l’an prochain ». On se doute que je n’ai pas l’ambition de deviner ce qui se passera vraiment : je raconte, du point de vue d’un futur indéterminé, ce qui pourrait se passer si la vie, enfin, devait ressembler à notre imaginaire. Non certes que nous n’imaginions que des circonstances heureuses et des fins idéales : nos rêves sont plus souvent des cauchemars que des Edens. Mais il existe un continuum musical et rapide dans lequel notre esprit se meut à l’aise, parce que rien n’y est joué pour toujours et que la pire journée peut faire surgir, au crépuscule, des couleurs de jouvence et d’avenir. C’est ce qu’on appelle la littérature.

Au fil de ce blog, durant ces semaines qui entourent la sortie du livre, je me propose d’entrouvrir la porte de la salle des machines, et de faire apparaître quelques rouages, quelques pistes entrevues et abandonnées (bonus, doubles emplois), quelques incidents de parcours, de ce livre qui s’apprête à vivre sa vie organique, indestructible et éphémère, à la rentrée de septembre…

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