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Du côté des auteurs

Je lis peu Marguerite Duras, mais sa voix, sa phrase, une certaine manière de faire le texte, sont toujours là, et toujours davantage. Cette voix m’inspire, mais différemment de celle des logothètes ou bâtisseurs de langue – Sade, Loyola, Fourier, pour reprendre les exemples canoniques de Roland Barthes dans son livre éponyme de 1971. Car le style de Marguerite Duras est inimitable, tout en reflétant fidèlement les inflexions du français depuis la Deuxième Guerre mondiale (comme l’explique brillamment Gilles Philippe dans Pourquoi le style change-t-il ?, paru récemment aux Impressions Nouvelles). Par conséquent, les imitateurs de Duras ne peuvent que verser dans la parodie, procédé qui n’est pas ce qui est au centre de toute véritable imitation : l’émulation. Dans son autobiographie Une Vie à brûler (éd. de l’Olivier, 2013), James Salter a une remarque étonnante sur Marguerite Duras, qu’il signale en passant en parlant de ses livres préférés (il cite Le Bruit et la fureur et Tandis que j’agonise, puis donne trois noms d’auteurs, mais sans aucun titre : Flannery O’Connor, Albert Camus et Marguerite Duras). Ce sont tous des livres courts, mais dont chaque page est exaltée. Comparés au demi-fond en athlétisme, ils se distinguent par leur rythme soutenu, où le moindre ralentissement est mortel. On ne sait pas à quel livre de Duras l’auteur fait allusion (si toutes les spéculations sont ouvertes, il ne paraît pas déraisonnable de supposer que Salter pense davantage à Moderato Cantabile qu’à India Song), mais on voit bien ce qu’il veut dire : les grands livres sont capables de trouver le bon rythme pour la bonne longueur, ils sont ni trop longs ni trop courts et la vitesse qui les caractérise n’est ni celle du sprint, ni celle des courses de fond. La phrase, qui détermine le rythme, et le texte, qui engage la longueur, ne sont pas séparables et la tâche de l’écrivain est de les faire tenir ensemble. C’est exactement ce que fait Marguerite Duras. Elle fait comprendre qu’il n’est pas possible de penser la phrase en dehors du texte. Son travail fait ressortir que le problème littéraire essentiel est de trouver la bonne distance entre trop et pas assez, qu’il s’agisse de la phrase, du texte ou du rapport entre les deux. Toute l’entreprise de Marguerite Duras se définit par la quête d’une telle adéquation, impossible à trouver peut-être mais indispensable à toute recherche authentique. Non que le travail sur la phrase impose… Lire la suite

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