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Du côté des auteurs

Faut-il partager l’enthousiasme des prestigieux lecteurs d’Hélène Bessette (1918-2000), découverte par Paulhan et Queneau, louée par Simone de Beauvoir et Claude Mauriac, entre beaucoup d’autres, souvent présente sur les listes du Prix Goncourt dans les années 60 et rééditée depuis sa mort aux éditions Léo Scheer, puis, intégralement, aux éditions Attila ? Doit-on souscrire à la formule de Marguerite Duras (“La littérature vivante, pour moi, c’est Hélène Bessette, personne d’autre en France”), reproduite en bandeau d’Ida ou le délire, le dernier roman publié du vivant de l’autrice, en 1973, et repris aujourd’hui sous le titre abrégé d’Ida (Attila 2018, édition de poche en Points, 2020) ? On ne peut évidemment que se réjouir d’une telle renaissance et de voir que le monde de l’édition parvient toujours à donner une nouvelle vie à des auteurs tombés dans l’oubli (la découverte d’Hélène Bessette n’est pas sans rappeler celle, durable, d’Emmanuel Bove). À l’heure où l’actualité médiatique ronge la vie littéraire, ce genre de retours, c’est-à-dire l’engagement et la prise de risque de certains éditeurs, peuvent être lus comme de vrais signes d’espoir. Mais pourquoi lire Bessette en 2021 ? Ida est un roman modérément expérimental, fort marqué par un certain Nouveau Roman, non pas celui de Robbe-Grillet, de Simon ou de Butor, mais, dans une version à la fois diluée et plus crispée, celui de la sous-conversation de Sarraute, du mélodrame sublime de Duras, de la quête d’un ton chez le Pinget de L’Inquisitoire. Ida est un concert de voix diverses qui commentent de façon parfois abrupte un fait divers presque insignifiant, la mort –accident ou suicide ? – d’une vieille bonne, symbole de tous ces pauvres privés de tout, y compris du droit à la parole. Le personnage d’Ida n’existe ainsi qu’à travers la parole des autres –les riches femmes bourgeoises qui l’emploient, le témoin de l’accident, quelques vagues connaissances– et le peu de mots d’elle qu’on trouve dans le texte sont toujours filtrés par l’ignorance, la bêtise, l’indifférence des survivants qui sont aussi ses juges. Roman misérabiliste ? Certainement. Mais telle n’est pas l’étiquette mise sur l’écriture d’Hélène Bessette, qu’on a pris l’habitude de présenter comme pionnière du “roman poétique”, sans doute parce que l’intrigue est évacuée au profit d’un montage de petites phrases discontinues sur la personne et la non-vie de la protagoniste et que le texte même est disposé sur la page d’une manière qui rappelle une sorte… Lire la suite

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