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Du côté des auteurs

On dit l’essai littéraire en crise, et jamais on n’a publié autant d’essais passionnants. Les questions soulevées par ces textes sont fondamentales : la lecture, comme par exemple dans les livres de Pierre Bayard (Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ?, Minuit, 2007) ; le rôle de la littérature dans les mutations culturelles d’une époque, comme dans les études de Jean-Marie Apostolidès sur les figures du héros et de la victime (Cyrano. Qui fut tout et qui ne fut rien, Les Impressions Nouvelles, 2006) ; enfin, comme dans les recherches historiques de William Marx, la place des écrivains dans les sociétés ayant refusé de figer le sens par le dogme.

L’ouverture de tous ces textes aux débats en cours est une constante : la psychanalyse chez Pierre Bayard ; l’anthropologie chez Jean-Marie Apostolidès ; l’histoire littéraire chez William Marx. Or, à la grande différence du boom des sciences humaines dans les années 60 et 70, les essais littéraires d’aujourd’hui sont réellement interdisciplinaires tout en visant un public de non-spécialistes.

La Haine de la littérature (Minuit, 2015) de William Marx est la synthèse parfaite de toutes ces qualités. Une question qui touche à l’essentiel : non pas la sartrienne « qu’est-ce que la littérature ? », mais « pourquoi la littérature ? » (et toute la littérature – pas seulement la prose de propagande de Jean-Paul Sartre). Un style digne de son objet : mordant, rapide, mais aussi léger et d’une réelle élégance. Une méthodologie à la hauteur des enjeux : au lieu de l’énième énumération des raisons qui devraient nous faire aimer malgré tout la littérature (la bonne cause du jour, que défend encore une toute petite ONG), l’examen critique des arguments de toux ceux qui, de Platon au président de l’ex-UMP, ne pensent qu’à chasser les poètes de la cité (ou des guichets de la poste).

À la publication d’Adieu à la littérature (Minuit, 2005), on a reproché à William Marx une forme de défaitisme. C’était l’effet d’une non-lecture. Le livre ne disait nullement que les temps de la littérature étaient révolus, il exprimait le souhait violent que la littérature puisse retrouver la place qui n’est plus, hélas, la sienne. Dix ans plus tard, le message reste le même, mais l’auteur adopte ici une stratégie différente, moins défensive, qui attaque frontalement les ennemis de la littérature. Pour William Marx, la haine de la littérature n’est pas le privilège de tel ou tel groupe social. Textes en main, il démontre que la littérature a toujours dérangé la pensée au pouvoir – aujourd’hui celle qui s’étale tranquillement parmi ceux qui veulent également transformer les sciences humaines en sciences de la communication et du marketing confondus et pour qui la Princesse de Clèves, l’histoire du sonnet ou Jacques Derrida sont devenus intolérables.

Il suffit pourtant de lire ces textes et ces auteurs pour se rendre compte à quel point ils sont nécessaires. Dans ce débat, qui est un débat de société, non de littérature, William Marx est non seulement un intermédiaire capital, il fait lui-même partie de cette littérature qui nous transforme.

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