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Archives (2012 - 2014)
5 septembre 2012

Il y plusieurs façons d’accompagner un livre sur le point de paraître, par la publication régulière d’un blog qui en propose des éléments ou des éclairages nouveaux.

L’une est de commenter ce qui a été écrit et figurera bientôt dans le livre. Je crois, pour ma part, qu’un commentaire est moins une fonction littéraire qu’un acte de promotion : l’ambigüité de ce blog et en général, de ce que j’écris, est qu’il m’est de moins en moins possible d’avoir un autre point de vue sur les choses que littéraire : en sorte que commenter me semble appartenir à une autre vie, dans laquelle je n’écrirais pas.

Une façon peut-être plus désirable serait de considérer le blog comme l’espace ouvert aux fragments inédits, aux scories, aux pistes abandonnées, et de façon générale, aux bonus. Comme cinéphile, j’aime ces flèches perdues, rangées dans un tiroir qu’on entrouvre soudain. Comme écrivain, je me demande… Peut-être que ce qui n’a pas été trouvé digne de figurer dans l’ouvrage qui en fut la matrice n’a plus sa place nulle part – ou seulement dans ces replis de l’histoire éditoriale qui sont, la plupart du temps, le néant sur papier bible.

La solution que j’ai choisie ici est de traiter les thèmes de 2013 d’une autre manière que dans le livre, sous une autre forme que le récit quasi-romanesque: par des petits flashs de sens, par des approches obliques, par un certain ton allusif et émotionnel qui vise moins à décrire qu’à photographier en trois dimensions. Car les poèmes en prose qui suivent sont des hologrammes surgissant dans les marges d’un univers que le livre n’a fait qu’esquisser : nos émotions, sorties du temps.

Travaux forcés

Des files de prisonniers qui ont gardé leurs vêtements du dimanche. Certains portent des bijoux de fantaisie, des chapeaux de bal, des brassards en feutre clouté. On leur demande de rire matin et soir, quand ils vont aux champs de maïs et quand ils regagnent leur prison sans barreaux, pour faire bonne figure aux actualités.

Le public est admis à les filmer, à mettre ces images en ligne. Un peuple d’élégants forçats fait honneur à la démocratie retrouvée. Ils sont joyeux et bien portant.  Quand au bout de trois ans on leur communique leur sentence, on les expédie en Afrique où s’organisent les jeux du cirque les plus courus : mais les filmeurs n’y sont plus admis, car il est strictement interdit de filmer la souffrance et la mort.

Oksana

Tu étais la danse et le fil, le sablier de l’espérance. Tu étais le sang du dieu blanc. Tes orteils sont noirs, la gangrène a gagné. Tu es morte en Uchronie.

J’ai une montre radioactive, elle est en panne. Jadis j’ai su courir sur les faites ; j’ai souvent volé dans les jardins. J’ai vu briller des couteaux.

Les enfants qui vendaient des citrons et des pommes ont grandi, ils sont devenus vigoureux et velus, ont pris goût aux kebabs et à la vodka, leur lourd sexe tremblant sont entrés dans ton ventre. J’étais à genoux à Paris pendant que tu mourrais, j’avais  le miroir où brillait le poème. Je te donne mon âme et je sors de moi.

Paysage

L’exil est en nous, sable et tessons, spirales de sirène, périmètres déserts, voitures en panne, pompes abandonnées, vitrines écloses, portes battant le tamtam sur le vide, banques taries, réservoirs pillés, hommes armés de scies circulaires, femmes nu-pieds, ecchymoses aux genoux, papillons dans le ventre, geysers fumigènes, miroirs lasers dans le ciel.

Pointillés de salive, langues tirées, messages de menace et de joie, nid de mitrailleuses en fleurs, cailloux et serpents.

Ça vient, ça vient, je suis le dernier de la meute, nous avons à manger pour deux jours, nous jouons aux osselets sur les parquets cirés.

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