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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)
18 avril 2011

The Disappointment Artist –« L’artiste qui déçoit »? « Le champion de la déception »? – est un livre de souvenirs de Jonathan Lethem (New York, Doubleday, 2005), auteur de Forteresse de solitude et de Chronic City. Sans être directement littéraires, ces mémoires tentent de restituer quelques fragments de la vocation de l’auteur, plus ou moins autodidacte (si on peut appeler ainsi quelqu’un formé avant tout par la culture populaire, c’est-à-dire non scolaire). Comme tous les écrivains, Lethem fut d’abord un lecteur boulimique, mais les livres chez lui ne sont jamais séparables d’autres pratiques culturelles : la bande dessinée (les comics, qu’on ne prenait pas encore pour le roman graphique), Philip K. Dick et Star Wars, la peinture de son père (un ancien professeur, puis hippie, reconverti dans la menuiserie, qui continuait à donner des cours ouverts à tous), et tant d’autres choses qui n’étaient pas, à première vue, artistiques, mais dont Lethem raconte merveilleusement l’importance : la fréquentation d’une station de métro à demi désaffectée, les longs trajets quotidiens entre école et domicile, les conversations interminables dans la famille étendue, la vie de quartier, les petits boulots, les fugues, l’errance.

La poésie dans ce livre ? On se félicite presque de son absence. Car le langage ici coule tellement de source qu’elle eût risqué de figer le naturel, le rythme, l’énergie de la prose. Mais prose et poésie ne sont nullement incompatibles, sauf, peut-être, dans la « poésie en prose », et chez Lethem la poésie est omniprésente. Notamment dans le désir de ne pas faire deux phrases là où une seule suffit et, vice versa, si une n’est pas assez, dans l’acceptation d’en faire deux. La poésie de ce livre aussi vigoureux que nostalgique est dans la poursuite d’un phrasé où chaque mot compte : aucun mot n’est de trop, aucun à enlever, ni à changer ou à changer de place. La poésie se met au service de la prose, c’est-à-dire du témoignage, mais on peut s’imaginer aussi que la possibilité même de regarder en arrière dépend de la réussite du style.

Prose et poésie chez Lethem ont ceci de commun : l’extrême concret (ce qui est autre chose que le goût du détail), la clarté de l’articulation (d’un mot, d’une idée, d’une action à l’autre), le sans chichis (cela devrait se passer de commentaire). L’art de la poésie, comme peut-être aussi celui de la prose, c’est l’art de s’abstenir. Ne dites pas que la femme est une rose si vous pouvez dire tout simplement qu’il y a une femme et une rose, dans cet ordre-là. La poésie est moins affaire d’images que de syntaxe : d’abord ceci, puis cela. Supprimer l’inutile ne doit pas être confondu avec la tentative de tout dire en même temps, par exemple à l’aide d’images « profondes » (ou, pour certains, au moyen de « blancs », insondables comme nous le savons tous).

(Dans le prochain blog, je parlerai d’une image, évidemment. Car la métonymie n’est pas tout, il y a aussi la métaphore).

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