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Tchang et le yéti

Les petits dieux 5

Domaine(s) :
Collection :
ISBN : 2-906131-34-2
Format : 12.5 x 17 cm
Pagination : 48 pages
Prix : 6€
Parution : novembre 2001

Tchang, le jeune Chinois dont une célèbre bande dessinée fit un héros, écrit à l’Occidental qui voulut autrefois l’adopter. Il revient, vingt ans après, sur cet accident d’avion qui le laissa, enfant, en plein Himalaya, et restitue les faits que ses prétendus sauveurs avaient déformés. Le petit n’avait en effet nul désir de quitter son Yéti, qui prit soin de lui comme une mère. Et lorsque l’enfant le perdit, il se serait bien laissé mourir, si des moines tibétains ne lui avaient appris que les dieux, à son gré, pouvaient prendre visage de singe.

« Père,

C’est la première fois que je vous donne ce nom. Mais comme dit un haïku :

“tandis que le dernier rayon
se pose sur la montagne la plus lointaine,
une larme perle, au coin de ma paupière.”

Je viens probablement trop tard. Sans doute aussi ne m’avez-vous pas compris ; mais moi, je n’ai rien fait pour que vous puissiez me comprendre. J’ai perdu mon véritable père, ce ne fut pas ma faute ; mais je m’en veux d’avoir manqué celui qui tenta de le remplacer.

Il m’est difficile de vous parler. Que je ne fasse pas trop d’erreurs, dans votre langue, ne doit pas vous tromper. Mes pensées ne trouvent pas, dans vos mots, de justes correspondances. Pour décrire ce bol, vous direz qu’il est de terre, quand nous ne verrons que le vide qui lui donne sa forme. Et je voudrais écrire, plutôt qu’à l’encre, sur la neige, où fond le superflu, et où l’imprécision se couvre vite d’une nouvelle surface blanche. Or comment évoquer les différentes neiges, dans votre étroit vocabulaire ? Il faudrait que j’invente des périphrases, que j’en passe par “une poudreuse imbibée de rosée” ou “une humide teintée de lune” ; mais la belle évidence en deviendrait préciosité.

Il me plaît pourtant de penser que durant ces années, où j’étudiais les livres de chez vous, vous appreniez ces caractères dont vous ne savez mieux dire la complexité qu’en les qualifiant de chinois. Et je souris, à vous imaginer les prononcer ; mais au moins nous aurons tenté de nous rapprocher, et de saisir chacun, fût-ce confusément, quelque chose d’autre que nous-mêmes. Si l’on s’était rencontrés, comme prévu, il y a trente ans, nous nous serions contentés de cette langue pour étrangers, qu’on dit universelle, et qui n’appartient qu’à quelques conquérants. »

Critiqueslibres.com

« Un texte magnifique, touchant de sincérité, qui apporte un regard neuf et complètement transformé sur la bonne morale de l’histoire bien connue de Tchang sauvé des vilaines pattes du monstrueux Yeti. Un doigt accusateur gentiment pointé par Sandrine Willems sur notre manière de nous ériger en juges et en garants de la civilisation développée. Bien vu ! »

Sahkti, CritiquesLibres.com, 30 janvier 2006

Lire l’article complet sur le site CritiquesLibres.com

Disponibilité

Depuis mars 2017, ce titre est également disponible en format poche dans la collection patrimoniale belge Espace Nord, accompagné d'une postface de Jan Baetens.