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Voir faire / Faire voir

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Genre(s) :
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ISBN : 978-2-87449-103-0
Format : 14.8 x 21 cm
Pagination : 160 pages
Prix : 17€
Parution : juin 2010

« Les textes ici rassemblés entendent illustrer cette démarche : voir, voir faire, dire ce que l’on voit, ce que l’on voit faire, dire pour faire voir et voir mieux. Ce sont autant de petits exercices de regard. On y fera le chemin qui va de l’œil (et de la paume, et du doigt) au sens.

Pour la mettre à l’épreuve, on a brassé large : ces exercices couvrent tout l’éventail des activités plastiques : peinture, sculpture, photographie, installation, performance. La seule restriction – il en fallait – est qu’il s’agit d’œuvres du XXe siècle ou de l’extrême début du XXIe.

Ces échantillons ne renvoient en aucun cas à un musée personnel. (Encore que ! Depuis mon enfance j’ai été éduqué dans la vénération de Maurice Pirenne, et je me souviens du choc silencieux que fut mon premier contact avec Rothko.) Pour que les petits textes qui suivent soient constitutifs de mon musée imaginaire, il eut fallu en gonfler sensiblement le nombre : convoquer William Turner et Jacques Charlier, Giacomo Balla et Sigmar Polke, Julius Bissier et Panamarenko… Leur rédaction a parfois été suscitée par une demande que des plasticiens m’ont adressée. J’ai en général rarement refusé de répondre aux demandes, à condition qu’elles fussent aimablement formulées et n’allassent point à l’encontre de mes inclinations et de mes valeurs. Et oulipien en cela, j’ai toujours bien (enfin, cela, ce n’est pas à moi d’en juger) travaillé sous la contrainte. Ici, les instances des plasticiens ont d’autant plus été bienvenues qu’elles étaient en général dictées par leur désir, explicité par plus d’un, de voir leur œuvre éclairée par un discours de type objectivant. Je remercie ces artistes, et pour ces demandes et pour tout ce que leurs œuvres – dans l’intimité desquelles les premières m’ont fait vivre intensément – n’ont cessé de me procurer.

La variété des circonstances qui ont suscité ces textes expliquera la variété de ton qu’on y trouvera parfois. Cette variété illustre aussi le gout de circuler qui a toujours été le mien. J’ai toujours beaucoup peiné à me tenir au centre d’un domaine, quel qu’il soit. Mais, je ne sais par quel démon poussé, j’ai toujours été tenté de circuler à leur périphérie. Ce sont surtout les entre-deux (ou les entre-trois) qui m’intéressent : entre langue et image, entre technicité et vulgarisation, entre savoir et volupté.

La variété des circonstances explique surtout celle du niveau de généralité auquel les différents exercices se situeront. Il fallait en effet tester la méthode à ces différents niveaux de généralité. La plupart des textes portent ainsi sur des familles d’énoncés (l’œuvre d’un peintre, ou celle d’un groupe…), mais certains sont consacrés à une œuvre particulière (une toile, une installation, un monument). Dans le cas précis de l’approche d’une toile de Rothko, je me suis permis d’aller assez loin dans le détail. Ce qui est une autre manière de tester tant la validité de la démarche que je propose que les concepts descripteurs qui y interviennent, dans la discrétion que j’ai dite.

Dans certains cas, ces textes me donneront aussi l’occasion de revenir sur certains problèmes cursivement évoqués dans la présente introduction. Ce pourront être des points de méthode – comment parler d’une œuvre abstraite ? – ou de théorie : la question de la rétine ou celle de la distance du spectateur à la chose regardée seront ainsi évoquées à plus d’une reprise, comme celle de la place que l’histoire peut prendre dans le commentaire.

Il ne m’appartient pas de dire moi-même en quoi réside l’unité de ces pages. Mais il est certain qu’une grande préoccupation court à travers elles : celle de la vision et de ses prolongements. Comment nous approprions-nous le monde en le regardant ? La question n’est pas seulement posée aux artistes : c’est aussi celle de toute la sémiotique. Du moins lorsqu’elle accepte de répondre à une question préjudicielle que beaucoup de sémioticiens refusent de formuler : “Pourquoi y a-t-il du sens plutôt que rien ?” La réponse est évidemment dans les organes que l’évolution de notre corps a mis au point, pour rendre pérenne notre présence au monde. Car s’approprier l’univers est aussi une façon de le modifier. Et de se changer soi-même à son contact. Le sens est bien cette interaction à forte valeur de survie entre nous et notre environnement. Mais cette question de l’appropriation dynamique, c’est assurément la vision, avec sa puissance informationnelle unique, qui la pose avec le plus de netteté. Et les artistes qui explorent cette sensorialité en sculptant ou modelant la lumière (plusieurs des plasticiens ici commentés explorent ainsi les états-limites de la vision – le plus extrême étant la cécité : Pirenne, Dutrieux, Francis…) sont sans doute ceux qui miment le mieux les réponses que l’histoire lui a apportées, en ne cessant d’articuler l’une à l’autre la vision et l’action (Le Corbusier : “On regarde avec ses yeux et on dessine afin de pousser à l’intérieur, dans sa propre histoire, les choses vues”), en ne cessant de poser à l’une et à l’autre la question du sens (Léonard de Vinci : “La pittura è cosa mentale” ; Michel-Ange : “Si dipinge col ciervello et non con le mani”).

Sans doute est-ce parce qu’il n’y a pas d’art sans connaissance, ni de connaissance sans transformation (de soi et du monde), qu’un autre grand concept habite ces pages : celui de médiation. Le mot renvoie à cette manœuvre anthropologique qui vise à racheter les oppositions structurant nos destins, à jeter un pont entre les aspects contradictoires du réel : entre l’inerte et le vivant, entre la vie et la mort. Ce sont des moyens symboliques qui sont mobilisés dans ce but : dans la médiation, les contraires restent contraires, mais admettent la possibilité que leur contrariété soit rachetée. Et voilà bien une autre raison de traiter l’art comme un langage : le langage est en effet situé à l’endroit exact où l’humain s’articule à l’univers. D’une part, il intériorise ce monde extérieur qui vient aux sens, de l’autre il extériorise la perception que nous avons du monde, perception active en ceci qu’elle impose son moule à son objet. Le “voir faire”, qui est une action transformatrice, ne peut donc, à mes yeux, aller sans le “faire voir” que permet le langage. »

Jean-Marie-Kinkenberg

Disponibilité

Ce titre n'est plus en distribution.

Quelques exemplaires sont peut-être encore disponibles chez l'éditeur.

Merci de s'en informer via l'adresse mail :

patricia.kilesse@lesimpressionsnouvelles.com