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Blog L'enfance de l'art
20 décembre 2010

Le chagrin d’amour est une histoire d’amour qui survit à son objet.

Il n’a pas la forme d’une douleur intime, d’un cancer qui vous ronge. Il est le visage vers lequel la main se tend, le corps vers lequel votre corps se tend.

Il est le bonheur suffisamment présent pour qu’à chaque instant, ce bonheur vous soit retiré. Il est à chaque seconde l’incarnation du bonheur et sa disparition.

Si je dis que je souffre d’avoir perdu l’amour, je veux dire que j’ai perdu l’amour de l’autre, car pour ce qui est de mon amour, je ne l’ai pas perdu, il est toujours là, comme une foudre qui ne trouve pas sa cible, et je souffre, et je suis détruit, par cette impossibilité, par ce décalage vertigineux.

Le chagrin d’amour est une émotion destructrice et durable, qui suppose que la relation amoureuse n’existe plus que par le souvenir. Elle n’a plus de présent ni d’avenir. Elle n’a plus que du passé comme aliment.  Le chagrin d’amour est un enfer que rien ne peut modifier de l’extérieur. Seul le travail du temps, en vous, peut quelque chose. Ou la mort, comme précipitation du temps.

Tout l’aigu et l’atroce du chagrin d’amour sont moins dans la perte de l’amour que dans l’absence de sa perte. Si je pouvais aimer moins, je souffrirais moins et si je pouvais n’aimer plus, je ne souffrirais plus.

Mais l’amoureux sait bien que son amour lui était indispensable et fatal. Que le hasard n’a présidé qu’à la rencontre avec l’être aimé. Non pas au sentiment qui a éclaté dans cette rencontre. Et que si cette rencontre s’était produite cent autres fois,  à chacune de ces cent fois, il aurait été amoureux du même être.

Car il n’était pas un amour en attente de l’objet amoureux, mais un non-amour soudain confronté à l’évidence nouvelle.

A présent, au cœur d’une vie inutile, et laide, et entièrement remplie par la présence d’un être absent, il constate que cette saturation d’amour et de regrets est en même temps un vide : rien ne peut le combler, et rien d’autre n’a d’attrait ni de sens. L’existence n’est plus qu’une suite de ténèbres enroulées autour d’un seul feu : la douleur.

Il  est impossible à l’amour de mourir en nous laissant en vie, et on est forcé à faire le choix de mourir soi-même, d’un coup rapide, ou de tenir jusqu’au bout au cœur du tourment, au prix d’une mutation si forte que celui qui survit n’est pas vous, mais un autre, qui ne mérite pas de survivre.

Chagrin d’amour est le nom qu’on donne, non à la perte de l’autre, mais à la perte de soi.

Je m’éloigne de celle qui était la beauté et le sens de ma vie. Je me penche une dernière fois sur ce qu’elle est, sur ce que je fus. Je la touche sans main, je la vois sans yeux, j’effleure, j’entoure cet amour et cette femme, comme on fait un enfant endormi, qu’on borde, qu’on frôle en silence, et je sors de la chambre, et de moi, sur la pointe des pieds.

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