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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)

Il arrive que dans un poème tel vers soit meilleur –et par conséquent tel autre moins bon– que d’autres. Tous les écrivains en connaissent le remords, et l’insatisfaction est inséparable de la poésie même, celle qu’on fait aussi bien que celle qu’on lit. D’où aussi, non moins fréquemment, l’appel à la correction des vers d’autrui, tantôt sur le mode comique, tantôt sur le mode sérieux : ça pastiche, ça parodie, ça récrit, parfois de manière involontaire, par exemple lorsqu’on se souvient « mal » d’un vers qui au fond n’existe que dans le souvenir de celui qui se rappelle.

Ces petites et grandes retouches ne vont pas sans problème. Non pas pour le texte même, ouvert à l’amélioration, mais pour notre idée de la littérature. Le rêve d’aboutir au texte parfait, s’il est permis de résumer ainsi le désir en question, reproduit en effet une conception de la littérature qui donne toute priorité à l’objet, plus exactement à la production de cet objet, sans assez prendre en considération la réception du texte, sa lecture, qui fonctionne selon de tout autres règles. Contrairement à la pensée du texte absolu, la lecture contourne au moins deux axiomes de cette utopie. D’abord l’idée que le texte poétique forme un tout, à prendre ou à laisser : qu’un poème contienne un ou plusieurs mauvais est certes regrettable, mais n’implique pas forcément, du point de vue de la lecture, le rejet de l’ensemble. Ensuite l’idée que ce tout est homogène, c’est-à-dire qu’il présente du premier au dernier vers le même degré d’intensité et de perfection : qu’il puisse y avoir dans un poème des vers « noyaux » et des vers « d’appui » n’a jamais choqué aucun lecteur.

De Michel de Montaigne à Michel de Certeau, la lecture a été montrée comme braconnière : elle est matière de coupure, de prélèvement, de citation ; au fond, elle n’en fait qu’à sa guise. Les mêmes auteurs, qui pratiquent sans arrêt le plagiat par anticipation d’un Pierre Bayard dans Le Hors-sujet soulignent aussi que la lecture est aussi intermittente, parfaitement capable de faire varier son régime d’attention, oscillant sans cesse entre distraction et concentration. Exiger donc que la lecture trébuche sur les « fautes » d’un poème est bien sûr une demande légitime, mais sous l’angle de l’écriture seulement, qui n’est pas celle de la lecture. Nous savons qu’écriture et lecture sont inséparables, mais cela ne veut nullement dire qu’elles se confondent –sauf métaphoriquement. Dans une telle perspective, les mauvais vers sont peut-être nécessaires, car ils stimulent ce qui fait finalement la force de la lecture : ils invitent le lecteur à vraiment s’approprier le texte et à en faire un usage créateur, parfois insoupçonné de l’auteur même. Si la littérature est dialogue, il faut que les deux voix, celle de l’auteur mais aussi celle du lecteur, puissent se faire entendre en toute liberté.

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