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Archives (2012 - 2014)

pour Thierry Horguelin

Curieuse manie que celle des collections. Elle repose sur l’idée que l’accumulation est une fin en soi. Elle tire satisfaction de la diversité dans la répétition. Elle est constituée d’une série de trouvailles “précieuses” et d’une valeur toute subjective. Elle est à la fois poétique et comptable.

Pierre a commencé très tôt à collectionner. Et d’abord les livres, qui seront toute sa vie sa passion, même quand l’état de sa vue en rendra la jouissance directe bien problématique. Après avoir été, du point de vue de ses proches et de sa première femme, une obsession coûteuse et même ruineuse, la bibliophilie lui permettra de se constituer une bibliothèque enviable, et même unique, qui le tirera matériellement d’affaires au dernier moment – en 1918, quand  la fin du moratoire sur la dette cesse de le protéger (son loyer impayé, notamment, était suspendu, par décision gouvernementale pour la durée de la guerre) et qu’il est en grand péril d’être saisi par les huissiers et jeté à la rue. Ce jour-là, l’achat d’une partie de sa bibliothèque – 708 livres – par un riche amateur, Émile Mayen, lui vaudra un sursis inespéré. Et Mayen poussera l’obligeance ou le mécénat jusqu’à laisser à la disposition de Pierre les précieux ouvrages.

Mais l’esprit de collection est une fin en soi, et ne dépend ni du plaisir individuel tiré de l’objet acquis, ni de la valeur de l’ensemble patiemment constitué. Tout au plus le sentiment qu’une valeur matérielle quantifiable double parfois le caractère de satisfaction « sans prix » de la détention, vient-il rationnaliser l’attachement déraisonnable à une babiole quelconque. Prouver aux autres que la névrose collectionneuse n’était pas une pure et simple absurdité console de bien des déboires.

Les collections de Pierre ne se bornent pas aux beaux livres et aux belles gravures. Très vite, il a collectionné aussi les correspondances, celles reçues et le double de celles expédiées, celles trouvées et celles rachetées, et bien d’autres documents, avec une curiosité marquée pour les autographes anciens, les graphies bizarres et les cryptogrammes.

L’ensemble de ces papiers, tels qu’il les évoque à maintes reprises dans sa correspondance, et tels qu’il les a laissés après sa mort – dispersés, ils gardaient encore les traces des soins que Pierre avait mis à les organiser et à les annoter – manifeste bien que le moindre manuscrit faisait l’objet des soins d’archiviste d’un homme qui, à partir de 1900, a passé l’essentiel de ses heures de veille dans son bureau, assis à une table, la plume ou le crayon papier à la main.

Doublant cet instinct du collectionneur, qui s’applique à toutes choses, il est à noter que Pierre a la passion de la classification. Tout ce qui entre et sort de chez lui est annoté, légendé, parfois numéroté. Seule catégorie classificatrice qui n’entre pas en compte : les dates, qui ne figurent ni sur le courrier, ni sur les documents, si précisément répertoriés qu’ils soient.

Son goût pour les encyclopédies, les dictionnaires, le bon usage des catalogues, les distinguos entre notions voisines, la recherche et le recoupement des sources, ainsi que pour l’attribution inattendue de textes anonymes à de grands auteurs, découlent de cette tournure d’esprit. Et on pense avec plaisir et avec regret à certains projets non menés à bien, mais si révélateurs, tel ce Dictionnaire historique des Femmes dont il a l’idée en juin 1904 et dont il entretient aussitôt son frère.

Mais la plus forte et la plus durable collection à laquelle Pierre s’est attaché, au moins jusqu’à la guerre de 1914, qui va changer sa vie, est celle des rencontres féminines ou, pour être moins romantique et plus précis, des recensions sexuelles.

Lui qui revendiquait à 25 ans près de 800 femmes, et qui ne s’est pas arrêté “d’en faire” (pour reprendre le vocabulaire de l’époque) après son mariage, et jusque dans ses dernières années, en a tenu assez précisément le compte. Surtout, il a tiré un grand plaisir cérébral et donc sensuel à en noter sur des fiches, dans un langage très explicite, les détails crus de circonstances de son plaisir.

Une partie de ces fiches nous restent. Certaines sont publiées, en diverses éditions ou sur internet. La plupart peuvent figurer dans la catégorie que Pierre avait lui-même établie : “Enculées”.

Ceci parle de soi-même et ne demande pas beaucoup de commentaires. Comme nombre de libertins organisés, Pierre ne tirait pas seulement satisfaction des circonstances de la rencontre, du visage et du corps de sa “proie”, mais aussi des détails concrets du plaisir de “spécialiste” qu’il en avait tiré…

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