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Du côté des auteurs

Alain Robbe-Grillet, né à Brest le 18 août 1922, est mort à Caen le 18 février 2008, voici tout juste dix ans. Je reproduis ici les quelques mots prononcés lors de ses funérailles, à Ardenne, le 22 février 2008, à quelques pas de l’IMEC, l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine où il avait déposé ses archives.

 

 

Quelques images qui me reviennent…

Alain au colloque de Cerisy qui lui était consacré, en juillet 1975. Trônant dans un fauteuil derrière le conférencier, il adressait des clins d’œil réguliers au public massé dans la bibliothèque ou interrompait l’orateur d’un goguenard : « Mais non, Machin, elle existe vraiment la maison de La Jalousie. »

Alain la même année, observant le visage maigre et grave d’un des camarades qui m’accompagnait : « Je pourrai même dire qu’il y avait Kafka à mon colloque, mais que c’était Kafka enfant. »

Alain en promenade, interrompant les conversations littéraires pour attirer notre attention sur un arbre ou une plante, l’appelant d’un nom savant que nous nous empressions d’oublier.

Alain nous accueillant à l’improviste, mon ami Jean-Christophe et moi, dans son minuscule bureau des éditions de Minuit, le lendemain de la parution de Topologie d’une cité fantôme. Alain écoutant nos avis comme s’ils étaient les plus importants du monde.

Alain à l’IMEC, refusant qu’on marque les dossiers contenant ses archives des trois premières consonnes de son nom – RBB – et demandant qu’on y inscrive ARG, comme il l’avait toujours fait.

Alain visionnant nos entretiens filmés, à Bruxelles, et opinant de la tête chaque fois que ses propos lui plaisaient. Alain insistant pour que je coupe ma dernière intervention à la fin d’un échange sur Les Gommes. « Tu comprends, m’expliqua-t-il, on dirait que tu as le dernier mot. »

Alain et sa prodigieuse mémoire des textes, sa capacité à réciter au pied levé des pages entières de Flaubert ou de Barthes, de Victor Hugo ou d’André Breton – et l’article premier du Code Général des Impôts.

Alain ironisant sur Stendhal qui disait qu’on le comprendrait dans cinquante ans. « Quelle modestie ! Moi, c’est dans trois siècles qu’on commencera à saisir ce qu’il y avait dans cette grande œuvre. »

Alain parlant de ses « petits travaux ».

Alain et ses films – qu’on redécouvrira. Le visage de Françoise Brion dans L’Immortelle. La course de Trintignant au début de L’Homme qui ment. La grâce adolescente d’Anicée Alvina.

L’appétit d’Alain. Son appétit de manger et de boire. Son envie d’être centenaire – « pour les emmerder jusqu’au bout ».

Le rire d’Alain, sa belle voix grave, son bégaiement parfois.

Alain et Catherine – sa soudaine douceur quand il se mettait à parler d’elle.

Je termine en le citant :

« Je suis seul ici, maintenant, bien à l’abri. Dehors il pleut, dehors on marche sous la pluie en courbant la tête, s’abritant les yeux d’une main tout en regardant quand même devant soi, à quelques mètres devant soi, quelques mètres d’asphalte mouillé ; dehors il fait froid, le vent souffle entre les branches noires dénudées… »

 

Voir sur Dailymotion un extrait des entretiens d’Alain Robbe-Grillet avec Benoît Peeters (Les Impressions Nouvelles, 2001) : www.dailymotion.com/video/x4gon6

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