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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)
11 juin 2011

C’est une voix anonyme, mais d’écrivain, mais de poète, voire de prophète, qui s’adresse à l’humanité entière, car personne aujourd’hui au problème qu’elle traite: le surendettement. C‘est une voix qui, mélangeant remords et accusation, témoigne d’une descente aux enfers. C’est une voix d’outre-tombe qui parle, et qui dit au milieu de sa grande détresse : « je suis vivant et vous êtes morts ».

Insolvables (Flammarion, 2011) est un nouveau J’accuse. En quelque soixante pages, le livre explique comment les banques, partout dans le monde, poussent leurs clients au surendettement, et pourquoi elles le font: parce que ce sont des banques d’aujourd’hui et que leur seule raison d’être est devenue l’enrichissement de leurs actionnaires. C’est ensuite un acte de repentir : l’auteur d’Insolvables ne cache rien de ses propres faiblesses, ni de son incapacité à résister aux sirènes de la consommation inutile, qui le détourne des plaisirs simples de la vie. C’est aussi un récit d’apocalypse : après d’être enfui au bout du monde, pour être à l’abri de ses créanciers dans un village perdu sur les bords du Mékong, il y découvre, des enfants-esclaves aux cataclysmes écologiques, la face cachée du capitalisme mondialisé. Cependant, Insolvables est aussi et surtout un message d’espoir, car l’auteur livre un programme pour sortir de la crise de civilisation où nous sommes tous en train de mourir. Il propose une série d’actions, modestes mais réalistes, pour lutter contre la politique du crédit facile ; il lance un appel à une nouvelle sobriété ; il témoigne d’une sérénité retrouvée. Insolvables n’est pas un pamphlet qui en appelle à la destruction du monde ancien, mais un plaidoyer en faveur d’un usage plus humain, plus raisonnable de la vie que nous aurons à transmettre à autrui. Toutefois, Insolvables est surtout un très grand texte littéraire, exemple superbe d’un lyrisme très maitrisé où se relaient la confession et l’invective, l’analyse morale et la méditation, le cri métaphysique et le chant de la vie.

L’affaire DSK aurait pu pousser les Français à s’interroger sur le rôle et le fonctionnement des banques. Au lieu de cela, ils se sont indignés du complot international contre la place naturellement due à leur pays dans le monde (à commencer par celui des finances, qui semble avoir pris la place de tout le reste). Il y aurait eu plus de dignité dans le débat s’ils avaient lu Insolvables. Il n’est pas trop tard, et comme le livre se vend ) 4 (quatre) euros, on pourra le donner autour de soi jusqu’à épuisement du stock.

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