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Blog L'enfance de l'art

Un écrivain n’a pas droit au pilotage automatique. Il doit faire le travail lui-même, avec des moyens de fortune. Il a le front sur la vitre. Il ne dispose pas d’autre appareil de vision que sa vie, c’est-à-dire, la trajectoire serrée et vibrante dont un point est fiché au centre de sa mémoire, et l’autre point se perd dans la brume devant lui.

Renoncer au rêve éveillé, au vol en aveugle, aux charmes de l’inconscient, pour se lancer dans un rapport réinventé au réel, est une des conditions formelles de l’écriture. Cela ne signifie pas que les sources profondes ne jouent aucun rôle. Mais elles ne s’intègrent vraiment au texte qu’après être passées par les sas successifs du regard, de la reprise, du crible, du secret et du travail de la langue sur elle-même.

Tout cela suppose, bien sûr, une certaine contrainte : mais avec la pratique, cette contrainte se retourne, devient absence, légèreté, division du temps.

Peu à peu, le corps choisit pour nous ce qu’il y a de mieux. Et on découvre comme il devient intuitif, quand on écrit. On apprend à ne plus peser sur l’écriture, à ne plus écraser les mots dans une forme fictive. On retrouve, entre le mot et la chose, un peu de la transparence perdue.

Il reste quand même des zones d’ombre, des points de sédimentation. On ne peut pas échapper tout à fait à une sorte de dérive : celle qui guette les entreprises imaginaires, les opérations qu’aucun effet de réel ne peut jamais ni contredire, ni confirmer. On avance tout droit vers un but incertain, et il n’y a pas de tour de contrôle, en nous ou hors de nous, pour nous guider jusqu’au terme du voyage. À quoi bon ? Crash ou disparition secrète, tout se vaut. La boîte noire est là pour raconter, avec un léger décalage, l’histoire tout entière.

La boîte noire, je veux dire le roman.

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