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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)

Les voies de la poésie sont impénétrables, mais il est raisonnable de penser que les textes d’un auteur, s’ils sont d’intérêt, ne restent jamais longtemps cachés. Je n’avais encore jamais lu Charles Dantzig lorsque récemment, et tout à fait par hasard, je tombais dans un bac de bouquiniste sur un service de presse des Nageurs (Grasset, 2010), qui me plaisait tout de suite pour les mauvaises raisons: le titre, le thème, la photo ornant la bande-annonce, le format, le papier, le toucher, la mise en page. La première lecture rapide, avec quelques mots et vers grappillés à gauche et à droite, confirmait heureusement ces premières impressions et me voici, après l’achat du livre, lancé à la recherche d’autres publications du même auteur, mais toujours dans le domaine de la poésie. C’est ainsi que j’ai commandé La diva aux cils longs (Grasset 2010), gros volume de plus de 300 pages offrant une sélection, faite par un professeur d’Oxford (Patrick McGuinness), des autres recueils de l’auteur, complétés de quelques inédits.

Je ne pense pas que Charles Dantzig va révolutionner le paysage de la poésie française d’aujourd’hui et de demain, mais peut-être son cas est-il plus intéressant. Car Dantzig, qui ne prétend pas réinventer la langue, fait pour moi d’ores et déjà partie de cette poésie et la voix qu’il fait entendre a l’avantage d’une vraie fraîcheur. Quant à l’avenir, je m’y trompe peut-être, car les Nageurs, le volume paru en même temps que cette Diva, est une belle réussite qui montre que l’auto-anthologie par personne interposée  peut servir à certains auteurs, non comme un tombeau, mais comme un vrai tremplin. La poésie de Dantzig, du moins dans La diva aux cils longs, pourrait être qualifiée de “populaire”, au sens où il existe aussi un cinéma ou un roman populaire, c’est-à-dire de qualité mais capable de toucher un large public. Il est vrai que la poésie a cessé d’être populaire depuis longtemps et Dantzig ne se fait pas d’illusion sur l’impact de ses livres (de poésie -je répète que je n’ai pas lu les autres). Pour redevenir populaire, la poésie devrait se muer en autre chose: la chanson par exemple, ou la performance multimédia, mais de ce point de vue Dantzig reste on ne peut plus classique et il prend la poésie imprimée, à lire, comme une contrainte et partant une opportunité, non un obstacle.

Cela dit, il y a dans le désir de l’auteur d’imposer un ton accessible en poésie quelque chose qui mérite plus que la simple sympathie. En effet, populaire, ici, ne renvoie pas seulement au choix des sujets (la nage ou les avions, thèmes peu abordés par l’avant-garde, ni du reste par les classiques) mais aussi à l’intention expresse de faire une place à une façon poétique de voir le monde en toutes circonstances, une façon à la fois très écrite, très directe, très intelligente, très naturelle ‒autant de termes qui en principe s’excluent mutuellement en poésie. Or voici, et c’est un petit miracle même si tout est loin d’être parfait, quelqu’un qui nous en jette plein la figure, qui offre un mets non seulement raffiné mais aussi copieux, qui prend le risque de déraper ‒notamment aux moments où le texte se perd dans l’accumulation un peu facile de métaphores ou dans l’anecdote ‒, parce qu’il croit, tout bêtement, à la poésie et à la nécessité d’en barbouiller le monde. C’est là un type de poésie peu représenté en France, mais dont on ose espérer qu’il fera école.

PS Un des poèmes les plus réussis de ce livre s’appelle “Autres nuages”.  J’espère que Charles Dantzig me pardonnera d’en avoir fait, mais avant que j’aie lu le sien, le titre de mon prochain recueil.

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