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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)

Depuis 44 ans, la ville de Rotterdam accueille et organise un festival de poésie, “Poetry International”, qui dans son genre est sans aucun doute le meilleur du monde. La formule en est classique: rencontres, débats, lectures, spectacles, cinq jours durant. Les poètes viennent du monde entier (chacun lit dans sa langue, avec projection simultanée de traductions de qualité), le public est surtout local, mais nombreux.

Qu’est-ce qui explique le succès de l’événement, mise à part bien sûr la qualité des intervenants (on sait hélas que cela ne suffit pas toujours à mobiliser les foules)? La réussite, heureusement persistante, du festival tient selon moi à cinq raisons au moins.

L’organisation d’abord, impeccable et claire (cela ne surprendra pas d’une structure hollandaise, mais ce n’est pas une raison de ne pas la saluer). La plupart des événements sont concentrés dans le théâtre municipal de la ville, ce qui garantit un accès et une orientation très faciles à toutes les activités: le programme des cinq journées est riche et chargée, mais il est en principe toujours possible d’assister à ce qu’on a envie de voir (le timing de toutes les séances est respecté scrupuleusement), et ce en des conditions matérielles presque parfaites (certes, la poésie peut se déclamer au marché ou dans les bars, sans qu’on arrête la musique, mais ce n’est pas ce qui se fait à Rotterdam, où la poésie est à l’honneur dans des salles superbement équipées).

Ensuite, le caractère à la fois grand public et intime du festival. Bien que “Poetry International” connaît une belle fréquentation, toutes les activités restent d’une taille humaine, disons entre 30 et 300 participants. Donnant sur la rue, le foyer du théâtre, qui cumule les nécessaires fonctions de point d’accueil, de bar, de lieu de vente (tenu par un libraire local) et de salle des pas perdus, est toujours agréablement rempli sans jamais manquer de place.

En troisième lieu, la formule très agréable et variée des lectures. La poésie est exigeante, et la concentration du public le plus averti a ses limites. D’où les efforts des organisateurs de mettre en place des “formats” qui alternent lectures, présentations, interviews, projections de film, généralement dans des plages de temps situées entre une heure et, pour les grandes occasions, une heure et demie. Une telle grande occasion était par exemple la soirée John Ashbery. Le responsable de la programmation, le poète Jan Baeke, faisait une présentation de l’homme et de l’œuvre, John Ashbery même, retenu à New York pour cause de maladie (il a 86 ans), était présent par fragments vidéos interposés (il lisait notamment quelques poèmes inédits, qu’il commentait brièvement mais avec beaucoup d’humour), et ses textes poétiques étaient combinés avec d’autres lectures: un court essai d’Ashbery sur les Illuminations de Rimbaud, un dessin animé burlesque qui l’avait inspiré, un court-métrage de Guy Madden dont il avait écrit le scénario, deux pièces de son ami John Cage interprétées par une jeune pianiste hollandaise, quelques passages de “Chelsea Girls” de Warhol, illustrant le principe de simultanéité cher à Ashbery.

Quatrièmement, l’ancrage du festival dans une tradition (le site de “Poetry International” comporte la plus importante archive de poésie vivante du monde entier, presque tous les événements de toutes les années ayant été enregistrés, en audio ou en vidéo) et la conscience de faire partie d’une mémoire en train de se construire. Sans être un festival d’avant-garde ou de viser une niche particulière, le festival n’a rien de patrimonial ou de suranné: la création du monde s’y montre, s’y découvre, s’y conserve.

Enfin, une politique saine: le festival défend la poésie, sans concession ni populisme. Les organisateurs ne cherchent pas les solutions de facilité pour remplir les salles (s’ils le faisaient, le slam serait omniprésent – or, on le remarquait à peine). Mais ils évitent aussi la tour d’ivoire : la poésie, selon un usage plus anglo-saxon que français, se veut “accessible”; les poètes n’ont pas peur d’être compris des lecteurs ; ils parlent beaucoup plus directement du monde, mais en poètes, et en poètes qui savent que complexe et compliqué ne signifient pas toujours la même chose.

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