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Du côté des auteurs

Raphaël Baroni, auteur de plusieurs volumes parus dans la prestigieuse collection « Poétique » aux éditions du Seuil (La Tension narrative, 2007 ; L’Œuvre du temps, 2009), est un des théoriciens du récit les plus importants d’aujourd’hui. Il s’est notamment distingué par ses lectures du « suspense » narratif et, plus généralement, du récit non pas comme structure achevée mais comme le dialogue pas à pas avec un lecteur qui ne connaît pas encore la fin de l’histoire.

À l’instar d’Umberto Eco, lui aussi séduit par la création après une longue période de réflexion théorique, Raphaël Baroni est devenu l’auteur de textes de fiction, dont un premier ensemble a été réuni dans Villes englouties (Lausanne, éd. Antipodes, 2011). On connaît les dangers auxquels s’exposent les théoriciens qui prennent la plume. Ou bien ils scindent carrément les deux pans de leurs activités, produisant des fictions qui ne sont pas à la hauteur de leurs travaux théoriques. Ou bien, ayant peur de se laisser aller et craignant de rester en deçà de leurs propres exigences, ils deviennent didactiques, n’offrant que des illustrations exsangues de leurs propres avancées en un autre domaine.

Ce double écueil, Raphaël Baroni l’évite avec brio. Il se plaît visiblement à inventer des histoires, entre lesquelles il parvient à construire de subtils échos (on ne sait pas, à la fin, si Villes englouties est un recueil de nouvelles ou une quasi-thèse de rhétorique à exemples intégrés). En même temps, ce plaisir de la fiction se voit enrichi de toutes sortes de discours d’escorte, soit au seuil des récits (Baroni a l’art de l’exergue), soit en marge (comme Borges, convoqué tout au long du livre, il aime également les postfaces), soit encore à l’intérieur des textes mêmes (les frontières se brouillent vite entre le récit commenté par le narrateur même et les gloses qui dérivent vers de nouvelles fictions).

Le lecteur, lui, gagne à tous les tableaux. Il peut s’abandonner sans scrupules aux joies de l’immersion (son plaisir serait cependant plus vif encore si l’auteur, soucieux de beau langage, acceptait de temps en temps d’écrire « moins bien » et de couper quelques adjectifs « expressifs »). Mais il peut aussi observer son propre acte de lecture, selon une trajectoire qui d’abord l’emporte, puis le prend au piège, enfin le détrompe, tout en laissant la possibilité de rivaliser avec l’auteur même et de scruter les signes d’un tournant narratif, les indices d’un guet-apens fictionnel, les jalons d’une autre voie ou voix textuelle.

Raphaël Baroni est un auteur qui joue cartes sur table et son lecteur voit comment se fabrique la fiction à laquelle pourtant il croit. Dans Villes englouties, ilmontre même comment les cartes sont truquées et le lecteur lui en sait gré. Mais on ne sait jamais quels tours il tient en réserve, ni quand il abattra enfin son véritable jeu. Nul lecteur ne lui en fera le reproche.

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