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Actualités, Du côté des auteurs

Notre époque a le goût de l’archive. Hantée par le spectre de la perte de la mémoire, elle adore le patrimoine, les collections, l’histoire. Son rêve est double : conserver et sauvegarder, si possible intégralement et dans le seul souci de la maintenance, mais aussi comprendre, repenser, voire refaire le passé.

Cette correspondance à sept voix (un ensemble de 243 missives de Michel Butor, Claude Mauriac, Claude Ollier, Robert Pinget, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Claude Simon) témoigne avec beaucoup de bonheur de pareille dynamique. L’objectif du volume n’est pas seulement d’ajouter une pièce à notre connaissance d’un mouvement littéraire aujourd’hui un peu délaissé. Il est aussi de nous encourager à modifier notre approche d’une étape clé de l’histoire littéraire moderne, particulièrement mal servie par la génération suivante, celle de l’autofiction –comme on l’a vu tristement lors de l’attribution du prix Nobel à Claude Simon en 1985, dans l’indifférence quasi générale.

Le nouveau roman ; correspondance 1946-1999 est une publication capitale, dont l’intérêt dépasse le cas unique du rebond de l’écriture après la Seconde Guerre Mondiale et son contexte pesamment dominé par les deux pôles de la littérature dite engagée, l’existentialisme et le réalisme socialiste. Divisés en quatre périodes (1946-1956 : « avant le nouveau roman », 1957-1962 : « le moment nouveau roman », 1963-1969 : « l’éloignement », 1971-1999 : « détentes et vieilles amitiés »), ces échanges offrent certes de nouvelles perspectives sur l’essor, le triomphe et le déclin de ce qui n’a jamais constitué un « groupe » au sens traditionnel du terme. L’essentiel, toutefois, réside ailleurs.

Le livre nous fait découvrir tout d’abord l’extrême difficulté d’une nouvelle écriture. Le fil rouge de cette correspondance est en effet le grand courage avec lequel tous ces écrivains ont affronté deux types d’obstacles. Les uns, pratiques et existentiels : le manque de temps et d’argent, la lutte inégale entre les contraintes du second métier et le désir d’écrire, pour certains jusqu’à la fin de leur carrière. Les autres, proprement littéraires, mais non moins existentiels pour cela : l’éternelle insatisfaction d’un résultat jamais à la hauteur des rêves et des ambitions, l’impossibilité fondamentale d’une écriture « juste ».

Les affres de la création sont donc au cœur de cette correspondance, quel que soit l’auteur ou l’autrice qui s’exprime. Le complément de telle métaphysique de l’écriture est l’amitié et la solidarité (les inévitables moments de jalousie et de rivalité, sur lesquels cette édition ne fait pas l’impasse, s’avèrent beaucoup plus rares et généralement passagers). Toutes les lettres parlent de littérature, même quand elles ne font rien d’autre que de remercier de l’envoi d’un livre ou d’une dédicace. Mais avant tout ce sont des objets de littérature elles-mêmes. D’un ton souvent très spontané, parfois rédigées à la va-vite, prises entre angoisse et enthousiasme, colère et jubilation, ces lettres sont d’une réelle ingéniosité stylistique (surtout dans le cas d’Ollier et de Robbe-Grillet). Les nombreuses allusions, ironiques ou non, au genre de la correspondance –même Mme de Sévigné se trouve mise à contribution ! – sont là pour afficher l’importance du surmoi littéraire de ces auteurs dès même les préparatifs de leurs premiers textes (d’abord de courtes notices, puis des articles et des nouvelles, enfin le début romanesque). Cependant pour beaucoup, les doutes, le découragement, pour ne pas dire le désespoir, les accompagnent jusqu’à la dernière ligne d’une œuvre pourtant très riche (le cas de Pinget est ici exemplaire).

Toutes celles et tous ceux qui voient dans la littérature autre chose qu’un simple divertissement devraient avoir de nombreuses raisons d’entrer à leur tour dans cette correspondance dont nous sommes aussi les destinataires.

Jan  Baetens

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