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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)

Il est deux grandes façons d’aborder la réunion en volume de textes épars, sans grande cohésion apparente (il en aussi de petites, fort nombreuses, même en laissant de côté les cas où l’on abandonne tout au seul hasard).

La première est désinvolte, faussement naïve ou innocente. L’exemple type en reste le délicieux Jaune bleu blanc (1927, reprise en L’Imaginaire), peut-être le livre le plus accompli de Valery Larbaud (il contient en tout cas son plus beau poème, « La Rue Soufflot »). On sait que ce recueil doit son existence, puis son titre et enfin son unité paradoxale, au ruban tricolore fermant la chemise où l’auteur gardait certains de ses textes. Larbaud triche un peu, évidemment, la littérature est à ce prix.

La seconde est plus énigmatique, elle exploite la résistance au principe d’assimilation qui s’impose fatalement à tout ce qui se voit réuni entre deux couvertures. La chose est plus difficile qu’on ne le pense, mais le charme de l’opération est grand.

Prenons par exemple D’un perpétuel hiver (Gallimard, 2009) d’Emmanuel Moses, plus particulièrement la première section, Êtudes, de ce livre totalement privé d’indications génériques, et sans la moindre information ni sur l’auteur, que l’on connaît aussi bien comme poète que comme romancier et nouvelliste, ni sur le contenu même. Êtudes, la première partie du livre dont elle représente un bon tiers, aligne une série de courts poèmes qui sont à la fois des textes indépendants, des textes que l’on peut regrouper en cycles, des textes que l’on doit considérer comme un tout en morceaux. Le coup de force de Moses est de maintenir ouvertes chacune de ces trois options d’un bout à l’autre de ces quelque quarante pages. Cela ne contribue pas ou peu à leur formidable tenue (je précise que ce sont également de très beaux poèmes).

Les leçons de pareille structure en filigrane, si l’on peut dire, ne sont pas minces, car peu de questions littéraires sont aussi capitales que celle de la liaison des parties et de l’ensemble. La question se pose au niveau de la syntaxe, au niveau de l’enchaînement des phrases, au niveau de certaines figures de style comme l’énumération, mais également au niveau d’un livre et, pourquoi pas, d’une œuvre. Dans les discussions à ce sujet, il faudra méditer longuement l’exemple de l’écriture de Moses et de son D’un perpétuel hiver.

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