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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)

“Le mot lampe est commun au poète et au lampiste”, note Léon-Paul Fargue dans Suite familière (1928). La phrase peut signifier que le lampiste, quand il s’adonne à son travail, fait œuvre de poète, et ce faisant l’homme de métier illustre l’idée antique du beau comme juste : est beau le geste utile, pratique, efficace, approprié. Idée noble que le poète de son côté aurait tort de négliger. En même temps, la phrase signifie aussi que la poésie doit se contenter des mots de tous les jours, du langage des non-poètes, des termes et expressions les plus simples.

Le mot “lampe” n’est pas choisi au hasard. Fargue aurait pu prendre n’importe quel autre terme du vocabulaire du lampiste, par exemple “ampèremètre” (j’espère ne pas me tromper ici, car le métier de lampiste a eu depuis Fargue le temps de devenir un rien folklorique). La phrase serait restée la même, le sens aussi.

Mais est-ce le cas ? Est-ce que “lampe” et “ampèremètre” sont, du point de vue qui nous intéresse ici, les mêmes mots ? Pas vraiment, car en choisissant un terme plus rare que celui de lampe, Fargue aurait dû continuer ainsi : “Le mot ampèremètre est commun aux lampistes et à certains poètes” (avec mes excuses pour cette phrase bien plus malhabile que celle de Suite familière). Ou encore : le choix d’un mot aussi banal que “lampe” n’est-il pas une condamnation implicite des poètes qui croient devoir faire de la Poésie avec majuscule en utilisant des termes rares, précieux, partagés par quelques spécialistes seulement ?

Mais à mieux lire, on voit que Fargue ne blâme pas le mot rare (lui-même, du reste, ne s’en prive pas toujours et après tout on peut toujours discuter de ce qui est rare et de ce qui ne l’est pas : pour le lampiste, le mot “ampèremètre” est moins rare que pour le poète, sauf s’il est aussi lampiste (tout arrive). Sa leçon est plus positive : n’ayez pas peur de faire simple quand votre ambition est de dire juste, et ne pensez pas que vous faites de la poésie en préférant le mot recherché aux termes qui sont tout à votre disposition. La phrase qui précède et celle qui suit la petite citation de Suite familière sont du reste plus connues, et méritent elles aussi d’être redites : “Les mauvais poètes sont des poètes inspirés”, puis : “Le lecteur croit que les mots ont un sens”. Le tout est peut-être à lire comme un syllogisme.

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