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Du côté des auteurs
29 novembre 2018

On connaît la définition de Flaubert dans le Dictionnaire des idées reçues (publication posthume en 1913) :

« Poésie (La) : Est tout à fait inutile : passée de mode. »

S’il avait écrit son livre en 2018, sans nul doute que le grand prosateur écrit :

« Poésie (La). Indéfinissable. Tout est poétique »,

car tel est bien le grand lieu commun d’aujourd’hui : comme tout peut être poétique, la poésie même est devenue une hypothèse inutile (voir le numéro spécial de la revue LHT dirigé par Nadja Cohen et Anne Reverseau en 2017, « Un je ne sais quoi de poétique » : http://www.fabula.org/lht/18/).

Voici donc une publication qui va résolument à contrecourant de cette approche aussi paresseuse que défaitiste. Créée en 2002 et récemment relancée aux Presses universitaires de Liège sous la direction des fondateurs Gérald Purnelle et Michel Delville (soutenus par un comité de rédaction où se retrouvent Jan Baetens, Laurent Demoulin, Erik Spinoy, Jean-jacques Thomas, Eric Trudel et Vera Viehöver), la revue FPC/Formes Poétiques Contemporaines fait de l’existence, c’est-à-dire de la spécificité de la poésie comme structure d’expression à part entière, son hypothèse de base. Pour FPC, la parole poétique n’est pas quelque façon de dire poétique, mais une certaine manière d’utiliser le langage qui se distingue de ce qu’il faut bien appeler la prose – d’où l’intérêt particulier que la revue a toujours manifesté pour les formes hybrides telles que le poème en prose ou la prose poétique, qui permettent l’un et l’autre d’explorer les manières dont la prose se mue en poésie (sans pour autant tomber dans les mièvreries poétiques).

Le point de vue adopté – et rigoureusement maintenu de la première à la dernière page de chaque numéro – est celui de l’analyse formelle du poème. Tous ces mots doivent bien entendu s’entendre au pluriel : FPC ne milite pas en faveur d’une seule idée de la poésie et accueille volontiers les formes poétiques les plus diverses (certaines d’entre elles ne seraient probablement pas reconnues comme telles par tous les amateurs de poésie, ce qui prouve le sain éclectisme de la revue).

Les traits distinctifs de FPC ne se bornent nullement à la promotion de la poésie comme forme, dans tout l’éventail des possibles. La revue se distingue également par sa politique résolument internationale. Elle publie aussi bien en français qu’en anglais et les exemples mobilisés sont plus variés encore. À cela s’ajoute encore le mélange averti de lectures et de créations. Il existe certes de nombreuses publications qui alternant œuvres et commentaires, mais dans FPC les contributions sont toujours choisies en fonction d’un certain thème et la circulation des poèmes aux analyses se veut une évidence.

En l’occurrence, le numéro s’organise autour du thème de la « phrase », qui est à la fois la structure la plus universelle du texte poétique (on peut faire des poèmes sans rime ni mètre, sans images ni rythme reconnaissable, mais même les textes qui se réduisent à des mots ou des lettres ont encore la phrase pour horizon) et la plus négligée. Or la phrase ne va pas de soi et son traitement porte multiplement à conséquence pour la construction des formes poétiques. D’abord en elle-même, que les structures traditionnelles de la phrase soient tordues et réinventées ou au contraire miraculeusement sauvegardées en nos temps de petite syntaxe (pareil maintien est d’ailleurs tout aussi inventif que l’expérience la plus radicale en matière de dépassement syntaxique). Ensuite dans ses rapports avec d’autres éléments constitutifs du poème, comme par exemple le vers ou la mise en page, deux autres aspects que FPC met justement très en avant.

Il en résulte un numéro d’une originalité saisissante, très riche quant aux méthodes d’analyse (comment ne pas se réjouir du retour des outils de description que nous offre la linguistique, trop longtemps silencieuse dans le domaine de la lecture poétique ?) et plein de surprises en termes de corpus (si la revue a décidé de s’en tenir à la poésie des XXe et XXIe siècles, elle se montre exceptionnellement ouverte sur le plan des programmes esthétiques). Enfin, soulignons aussi l’articulation judicieuse de trois types d’approches : analyses (Cocteau, Audiberti, Chappuis, Foenkinos, Sangral, Atkins, Forte), interviews (Casas, Courtois, Laugier, Parlant), et témoignages (dans ce numéro, celui d’Elke de Rijcke).

 

Pour plus d’informations :

www.presses.uliege.be/jcms/c_20533/fpc

Gerald.Purnelle@uliege.be

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