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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)
21 mai 2012

Sous la lampe (1929) est le type de livres qui n’existent plus : des livres “épars”, ceux que Mallarmé feignait de ne pas aimer, faits de morceaux hétérogènes eux-mêmes n’appartenant à aucun genre parce qu’appartenant à trop de genres à la fois (poésie, en vers en prose, maximes, souvenirs, critiques, correspondance, ébauches), que n’unit rien d’autre que leur propre reliure ‒ et le nom de leur auteur.

Quand ce dernier écrit bien, de tels livres sont un éblouissement. Celui de Sous la lampe le fait souvent, mais pas toujours. Fargue est un fougueux, il n’a pas l’équilibre de son ami Larbaud (qui publie en 1927 un livre “de ce genre”: Jaune, bleu, blanc). Dans ce livre, qui contient de belles analyses sur Proust et Valéry, entre autres, Fargue montre en quoi il est proche d’eux et comment il en diffère : par l’exaltation, si joliment contredite par le quiétisme du titre (mais par le plus heureux des hasards objectifs, le titre sur le dos de mon édition mal vieillie a perdu son P). Mais les ruptures de ton et de qualité (quand Fargue écrit mal, c’est vraiment du sous-Doisneau), le plaisir d’être bousculé par la chasse aux trouvailles s’en trouve augmenté d’autant.

La phrase de Fargue est à l’image de ses livres : elle tire de l’avant, mais c’est aussi un jeu où l’écrivain fait semblant de ne pas savoir où il va, tout en tenant sept balles en l’air.

On regrette les temps où les livres de prose (ce serait faire injure à Léon-Paul Fargue que de cataloguer ces pages comme des poèmes en prose) pouvaient se terminer par des postfaces en vers. Jaune, bleu, blanc, qui se clôt sur “La rue Soufflot”, en reste l’exemple inégalé. Mais l’excipit de Sous la lampe n’en est pas loin.

Enfin, comme beaucoup de livres de cette époque, Sous la lampe, actuellement indisponible dans la terminologie d’Amazon, a souffert de la normalisation éditoriale. Un de ses deux volets, “Banalité”, qui complète la “Suite familière” qui ouvre le volume, avait paru dans une édition illustrée par le photographe Roger Parry dont les images “modernes” étaient plus que des ornements. Espérons qu’à l’occasion d’une réédition, les responsables de Gallimard se décideront à briser le mur entre les clientèles et à défendre l’élitisme pour tous.

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