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Du côté des auteurs

Les lecteurs de Hanska (2016) retrouveront dans ce roman tout ce qui fait le pouvoir de séduction des autres textes de Rossano Rosi : un regard mélancolique sur les rêves de jeunesse, l’inexorable mélange des générations, un regard autre sur une culture populaire qui, elle, ne ressemble plus à ce qui est venu à sa place, la présence du livre aux moments les plus inattendus de la vie, enfin l’émotion teintée d’ironie et de cette autre forme de distance et de civilisation que nous appelons grammaire. Car le style, chez Rossano Rosi, excède la langue : c’est une manière de politesse, un peu comme cette « main fraîche » que Valery Larbaud voulait mettre « sur le front du lecteur ».

Dans l’œuvre de Rossano Rosi, Hanska est cependant un livre singulier. Le texte introduit une écriture romanesque du troisième type, dont il importe de préciser quelques traits.

Il existe, on le sait, deux grands groupes de narration. Soit le récit est quelque chose qui se déroule et qu’on lit pour en connaître la fin. Dans certains cas, seul compte même le parcours : ce sont les livres qu’on n’a pas envie de relire une fois le dénouement connu. Soit le récit est quelque chose qui se construit, mais toujours dans l’après-coup, et chaque nouveau pas dans la lecture, puis chaque relecture modifient l’image qu’on s’était faite du texte – avec toutes les surprises que nous vaut souvent notre mémoire défaillante.

Hanska, qui se lit parfaitement sur chacun de ces modes, y ajoute une troisième dimension, très rare. Tout en se demandant où peut bien le conduire un récit dont il doit sans cesse repenser l’architecture, le lecteur s’installe petit à petit dans un entre-deux où le retour sur le déjà lu et l’attente de la suite en viennent à coïncider dans la phrase, qui se transforme ainsi en un récit autonome. Dans Hanska, chaque phrase s’impose comme un récit-miniature, tant sur le plan de la forme – oui, il y a du Proust chez Rossano Rosi – que du point de vue de la richesse thématique. Il y a même un effet madeleine dans les phrases mille-feuilles où lieux et périodes ne restent jamais seuls.

La notion de troisième type concerne davantage toutefois que le seul plaisir des phrases. Elle produit aussi la rencontre de deux autres grandes familles romanesques que sont, dans la terminologie anglo-saxonne, le « novel » (le roman à vocation réaliste) et la « romance » (dont le mot-clé est l’imagination) – à ne pas confondre avec la production Harlequin. Hanska est à la fois document brut et invention pure, romance et novel.

Un texte inclassable, donc ? Pas du tout. Hanska est au contraire ce que tout roman moderne devrait être : en même temps fiction et témoignage, style et suspense, intrigue et saveur de la langue.

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