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Archives (2012 - 2014)

Voilà cinq ans que je consacre l’essentiel de mes recherches à comprendre, à travers un cas d’application particulière, les ressorts de l’aventure la plus obstinée et la plus durable de mon existence : la littérature. Je suis, pour le meilleur et pour le pire, quelqu’un qui depuis l’âge de 13 ou 14 ans, a toujours essayé de faire entrer le monde qu’il percevait dans une trame textuelle continue – non pas simplement l’écriture, mais la pensée tout entière.

Je n’ai jamais agi, aimé, voyagé, respiré, que dans le souffle d’une phrase sans fin, dont la ponctuation, le rythme, le phrasé m’étaient fournis par les circonstances du voyage.

Mon amour de la France et mon amour de l’amour, qui sont en moi deux moteurs si puissants, n’existeraient pas à ce degré de désir et de force sans cette écriture constante, en moi et hors de moi. Aimerais-je ainsi la France si elle ne m’avait pas donné sa langue ? Aimerais-je ainsi l’amour s’il n’était pas une émotion profondément romanesque ? La littérature ne m’apparaît pas comme une musique qui accompagne la vie, mais comme la vie en chair et en os.

Cette détermination initiale, ce pacte sans cesse renouvelé m’ont fait différent de la plupart des gens, et assez indifférent à cette différence. Je ne m’en suis pas moins demandé, très souvent, si j’étais le seul de ma sorte. J’ai croisé quelques écrivains, deux ou trois, et en plus grand nombre, des auteurs de livres : il ne m’a pas paru qu’ils étaient aussi possédés que moi. Plutôt, dirais-je, qu’ils exerçaient leur métier, quelquefois très bien. S’ils avaient un secret, ils l’ont gardé.

Mes véritables rencontres avec des représentants de la passion d’écrire se sont produites à un autre niveau, celui de la mémoire. Si je veux confronter ma folie à d‘autres folies, si je veux jouir du grand bonheur de ne pas être seul, je ferme les yeux. La vision se décale. L’univers se repeuple. Mais par quel mécanisme, ou par quelle magie ?

Il m’a semblé que je ne saurais jamais le fin mot du mystère si je ne faisais pas l’effort de sortir de moi et de connaître, le plus exactement possible, quelqu’un, quelqu’un d’autre, pour qui la littérature aura été exactement tout. Il n’était pas nécessaire que ce soit le plus grand écrivain du monde, ni celui dont je me sentais le plus proche, ni même que son œuvre ait réussi à s’accomplir. Il fallait simplement qu’il ait joué la partie tout entière – sa vie – dans l’espace imaginaire de l’écriture. Écartant les auteurs de premier ordre, les monstres 100 fois visités, j’ai trouvé un homme qui réunissait les conditions de singularité, de radicalité, de talent et d’échec, et qui pouvait constituer, à lui seul, le laboratoire dont j’avais besoin. J’ai trouvé Pierre Louÿs (1870-1925).

À partir de l’automne 2008, en parallèle aux romans et aux poèmes que j’écrivais, je n’ai pas arrêté de lire, de lui et sur lui, tout ce que j’ai pu trouver – une masse considérable d’ouvrages et d’archives. J’ai ouvert ainsi un grand chantier permanent représentant, pour ma part, des centaines de pages de notes, et de nombreux passages entièrement rédigés. J’ai fini par connaître la vie et la pensée de Pierre Louÿs aussi bien que celles d’aucun de mes proches – et de façon plus méthodique qu’il n’est courant dans ses amitiés et dans ses amours. Sans doute, à l’exclusion unique de ma femme et de mes enfants, je n’ai jamais connu personne aussi longuement et aussi intimement que Pierre Louÿs.

Mes recherches arrivent à leur terme – il faut savoir finir avant de se mettre à tourner en rond. Un premier livre est en préparation, qui paraîtra en octobre : Le Tombeau d’une amitié. Il aborde la personnalité de Louÿs de manière oblique, en le confrontant à celui qui fut à la fois son ami de jeunesse et son contraire presque idéal : André Gide.

L’année prochaine, c’est une biographie complète, avec de nombreux pans inconnus, qui sera au point.

Je n’ai pas oublié, chemin faisant, le motif central de mes recherches : découvrir ce que c’est qu’un écrivain, et par là même, comprendre ce qui m’était arrivé.

En réalité, qu’ai-je trouvé, ou qu’ai-je cru trouver ? Je vais y revenir prochainement.

(À suivre…)

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