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Le jeune Soir

Domaine(s) :
Collection :
ISBN : 978-2-87449-044-6
Format : 14.8 x 21 cm
Pagination : 160 pages
Prix : 16€
Parution : mars 2008

Ce roman décrit, moyennant des va-et-vient sinueux entre passé, présent et futur, la trajectoire de vie d’un personnage : le jeune Soir. Cette trajectoire part de son adolescence, de ce réseau de rêves, d’amitiés et de relations filiales plus ou moins assumées (père, mère, tel ou tel professeur : on a l’embarras du choix), pour aboutir à un âge qu’on pourrait qualifier de mûr, comme le suggère d’ailleurs la perte de l’épithète « jeune » accolée au nom de ce héros ordinaire de la vie ordinaire. Cet âge mûr est aussi celui qui le voit se muer, à son tour et contre toute volonté, en professeur « secondaire ». Or, en devenant Soir, le jeune Soir ne fait pas que se séparer imperceptiblement de sa précieuse épithète ; son rapport avec le monde change. De « voyant » (mais qu’a-t-il vraiment vu ?), le voilà vu. Ce qui n’arrange pas son incapacité à écrire, qui, elle, le persécute depuis cette époque lointaine, là-bas dans les années 70, où il s’était résolu à la surmonter.

Indications

« Au moyen de quelques phrases-clés aux accents de vérité et de sagesse acquises, la voix de Rossano Rosi résonne entre les lignes. Celle de l’écrivain qui a connu les mêmes rêves. Celle de professeur et d’adulte, qui fait office de guide face à l’impatience d’une jeunesse encore naïve. »

Mélanie Godin, Indications, mars-avril 2008

Les Inrockuptibles

« Du désir d’éducation au sentiment de ratage : un étrange roman travaillé par l’absurde, où plane un parfum de néant.

Idée de début pour un bon roman d’apprentissage : la mort du père. Dans cette reconstitution très fragmentaire et elliptique d’une vie que donne à lire Le Jeune Soir, c’est là que le désir de se raconter s’ancre. Mais avant de trop s’attacher au sens, tendons l’oreille : car le ton de ce livre est étrange. Décalé, esseulé, souvent drôle en raclant le fond mais, en fin de course, très sombre.

C’est-à-dire, dans le cas présent, sans joies, ni peines palpables. La scène de la mort du père sera à ce titre purement symbolique. Elle n’ouvre sur aucune forme de douleur ou de prise de conscience, plutôt un sentiment de déréalisation, dans la veine de “Aujourd’hui maman est morte”. “C’était comme un lapin. Un oeuf de Pâques peut-être” sont les premières pensées du jeune Soir en découvrant le cadavre de M. Soir, la mâchoire inférieure soutenue par un foulard noué autour de la tête. À partir de cette scène inaugurale, mais sans transition nette, le jeune Soir déroule son passé, son ancienne soif d’apprendre au lycée, son ambition d’écrire, la recherche de modèles. Puis, très vite, un amour déçu, la montée balzacienne à Paris qui se transforme en existence végétative, désillusion, chômage, acceptation, enfin, de la banalité de l’existence, en revenant à Liège. “Son existence avait eu raison de sa vocation.”

Voire ses origines. Tout est là, contenu dans son patronyme : le jeune Soir (le déclin accolé à la jeunesse, très beau), pas vraiment un nom. Un fils de. Le résidu d’une existence banale, dont il est vain de vouloir à tout prix s’éloigner. Le Jeune Soir interroge la part de déterminisme qui fonde les êtres, un certain atavisme auquel on n’échappe pas. Dès lors, l’amour filial n’a plus cours et tourne en haine des siens (idiolectes affreux, rituels dérisoires des parents). Sur son lit de mort, la figure du père est un trou noir dictatorial qui exige d’être comblé, “remplacé” par celle, interchangeable, du jeune Soir – aussitôt rebaptisé M. Soir. Ce lâcher prise de sa propre vie, de sa souveraineté, ne débouche pas pour autant sur du malheur : plutôt un état d’apesanteur, de passivité pas si mal, une pente douce sur laquelle on se laisse glisser cool jusqu’à son propre trépas. »

Emily Barnett, Les Inrockuptibles, 15 avril 2008

Le Carnet et les Instants

« Un roman singulier, attachant, à la nostalgie douce-amère, à l’émotion pudiquement contenue, oscillant avec bonheur entre gravité et légèreté. Un roman où les grandes choses de la vie se mêlent aux petites, où l’on passe sans cesse d’une époque à l’autre, d’un registre à l’autre, au gré d’une prose flâneuse et non moins rigoureuse. »

Daniel Arnaut, Le Carnet et les Instants, octobre-novembre 2008