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Du côté des auteurs

Lorsque nous avons commencé à regarder les films sur le petit écran, Jean-Luc Godard a résumé la différence par une célèbre boutade, diversement commentée depuis: « Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse. » À l’instant de passer aux cassettes, puis aux DVD, d’autres ajustements sont devenus nécessaires, pour expliquer par exemple que le cinéma avait intégré ce qui avait toujours paru aux antipodes de son essence, comme la possibilité offerte au spectateur de faire des arrêts sur image et de manipuler la vitesse de défilement des signaux optiques. Aujourd’hui, avec la diffusion des films sur le net, les bouleversements sont plus radicaux encore et c’est sur l’un d’eux que se penche Martin Bonnard, qui prépare à Montréal une thèse sur les catalogues cinéphiles de vidéo par abonnement. Le plus récent de ses articles « (Re)monter le cinéma sur le web », analyse la manière dont les films qui circulent sur la Toile, notamment via YouTube, se voient réunis dans des ensembles plus vastes et la manière dont ces nouveaux assemblages transforment notre idée du cinéma. Bonnard attire l’attention sur trois phénomènes. D’abord la fragmentation des films, qui sur la Toile sont souvent réduits à des morceaux choisis, mais sans qu’on sache comment et pourquoi la sélection a été faite. Pour certains, dont Jacques Aumont, l’absence de toute « intention » explicite interdit la notion de montage, sans laquelle il est difficile de penser le cinéma : parler de montage face à des assemblages qui se font « comme ça » n’a plus guère de sens. Ensuite le rôle de la machine et des algorithmes de recommandation, dont tout le monde sait qu’ils sont déterminants au moment de passer d’un (bout de) film à l’autre et dont la logique, complexe car faite de l’interaction entre éléments humains et éléments machiniques, échappe à l’analyse du spectateur. Enfin, la possibilité de s’appuyer sur les nouvelles possibilités d’agencement des œuvres pour réfléchir à nouveau sur les formes et les fonctions du  montage même, par exemple à travers le concept de montage à contrepoint (Artavazd Pelechian), qui « au lieu de juxtaposer deux plans côte à côte (…) préfère les séparer par plusieurs autres plans et augmenter ainsi la distance entre eux. Les fragments placés dans l’intervalle deviennent autant d’intermédiaires aptes à soutenir la réflexion du spectateur » (Bonnard, art. cité, p. 104). Les analyses de Bonnard ne sont pas sans… Lire la suite

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