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Disney ou l’avenir en couleur

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Genre(s) :
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ISBN : 978-2-87449-636-3
Format : 14.5 x 21 cm
Pagination : 320 pages
Prix : 22€
Parution : novembre 2018

Quoi de neuf chez Disney ? Quel avenir nous prépare le géant de Burbank ? Balayant les clichés sur l’usine à rêves, Christian Chelebourg nous invite à plonger dans l’ensemble des spectacles récents produits par les multiples filiales de la Walt Disney Company pour comprendre les valeurs et les causes qu’elle défend dans un monde en pleine mutation.

À travers plus de 500 titres de dessins animés, de films, de séries télévisées, d’attractions, de comédies musicales, de comics ou de jeux vidéo, il nous fait découvrir comment les productions Disney encouragent les jeunes et les moins jeunes à retrouver la foi dans le progrès. Loin du conservatisme qu’on leur reproche si souvent, les studios soutiennent les courants les plus en pointe de l’opinion publique sur les questions du féminisme, de l’inclusivité, du multiculturalisme. Ils profilent une société respectueuse de toutes les identités, afin que chacun puisse avoir l’opportunité de s’épanouir en réalisant ses vœux. Face aux dangers qui menacent la démocratie, ils en appellent à un sursaut citoyen digne des superhéros pour rétablir le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, prôné par les Pères Fondateurs de l’Amérique.

Le Disneyverse – l’univers que forge la marque Disney – n’occulte pas la réalité de notre époque. Il n’ignore ni les inégalités, ni le terrorisme, ni la crise écologique, il compose avec la mondialisation, mais il se refuse au ressassement des drames pour poser les bases d’un nouvel optimisme. La place qu’il occupe dans l’économie du divertissement exige qu’on y soit attentif si l’on veut comprendre les enjeux du contemporain.

« Ce livre est né d’un étonnement face au désintérêt de la critique pour les productions Disney, en dépit de leur importance dans la culture contemporaine. En France, les ouvrages se comptent sur les doigts d’une main. Ils sont bien plus nombreux Outre-Atlantique, évidemment, mais à côté de travaux historiques ou biographiques, ils se cantonnent souvent à une dénonciation des pratiques capitalistes de la firme et de son hégémonie culturelle. Il m’apparaissait nécessaire d’examiner, sans préjugé, les valeurs et les causes que la firme défend. Cela supposait de ne pas s’en tenir aux dessins animés, mais d’embrasser l’ensemble du Disneyverse, l’univers de fiction forgé par les différentes filiales de la Walt Disney Company.

Le point de vue adopté relève de ce que j’appellerais des Corporate Studies : une étude culturelle globale de l’entreprise, reliant ses produits marchands à sa stratégie économique. Dès lors, le premier constat qui s’impose est une inversion des rapports de domination habituellement repérés par les Cultural Studies. Un monstre industriel de la taille de Disney s’avère plus dépendant des consommateurs qu’on ne le pense. L’exigence de rentabilité lui impose, à l’échelle mondiale, de remporter l’adhésion d’un vaste public et de minimiser les risques de polémiques médiatiques. En somme, le phénomène illustre la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave.

Dans ce contexte, la caractéristique de Disney est d’encourager les mouvements qui lui paraissent les plus progressistes, parce qu’ils favorisent la tolérance. Le Disneyverse pense la société selon un modèle familial rénové, qui substitue les liens du cœur à ceux du sang. La famille, ce sont « les gens qui t’aiment malgré tout », nous enseigne The Country Bears (2002). Le souci de la vie collective, qui avait inspiré à Walt Disney l’utopie d’EPCOT, se décline aujourd’hui en conviction que les hommes sont condamnés à « vivre ensemble ou mourir seuls », selon une formule martelée dans Lost (2004-2010). Cette série formalise les valeurs du libéralisme humaniste autour desquelles Robert Iger, élu PDG en 2005, restructure alors sa responsabilité sociale. Les engagements caritatifs sont multipliés et soigneusement mis en avant. Pour que « tout le monde aime Disney », il s’agit que le capital soit mis au service de la collectivité. Parallèlement, les fictions surfent sur les questions de société pour prôner le respect de toutes les identités : Ugly Betty (2006-2010) se dresse contre la normativité ; Pretty Little Liars (2010-2017) ou Becoming Us (2015) prônent l’inclusivité qui gagne les programmes pour l’enfance en 2018 dans Star vs. The Forces of Evil ; Doc McStuffins (2012-) sur Disney Junior et Scandal (2012-2018) sur ABC secouent le paysage audiovisuel en confiant le premier rôle à une petite fille et une femme noires ; les célébrations d’Halloween, qui concurrencent désormais celles de Noël, sont autant d’hymnes à la diversité. Si chacun doit composer avec ses capacités, ainsi que le comprenait Mike Wazowski dans Monsters Inc. (2001), personne ne doit plus se sentir exclu : telle est la morale défendue dans Zootopia (2016). La société multiculturelle profilée par le Disneyverse n’est toutefois pas simple addition des identités, mais enrichissement mutuel de celles-ci, et cela vaut également sur le plan de la mondialisation, telle que la configurent les filiales internationales du groupe. Nul ne s’épanouit ni en se coupant de ses racines, ni en s’y accrochant, apprend-on dans Wendy Wu: Homecoming Warrior (2006).

Il faut changer le monde, le faire évoluer. Pour cela, il faut à nouveau croire aux fins heureuses et secouer la désespérance inhérente au présent figé de la postmodernité. Il faut retrouver le sens progressif de l’histoire. C’est tout le propos d’une série comme Once Upon a Time (2011-2018). Le monde issu des attentats du 11 septembre 2001 a d’autant plus besoin des contes de fées qu’il est devenu terriblement dangereux.

Qu’on ne s’y trompe pas néanmoins : l’Amérique est plus menacée de l’intérieur que par l’extérieur. C’est la démocratie, l’idéal des Pères Fondateurs, qui est en péril ; et il faut pour y remédier de nouveaux superhéros, moins majestueux que les anciens, mais plus attachés à la citoyenneté. C’est pourquoi Peter Parker, à la fin de Spider-Man: Homecoming (2017), préfère rester veiller son quartier que de rejoindre les Avengers. Comme l’équipe de Big Hero 6 (2014), les superhéros d’aujourd’hui n’ont pas nécessairement de superpouvoirs, mais ils sont prompts à lutter contre les injustices et toutes les formes de manipulation. À l’image de Baymax, ils sont avant tout les guérisseurs d’une époque malade. Aussi est-il inacceptable qu’ils puissent faire des victimes collatérales : c’est ce que le vieux Captain America ne comprend pas, mais qu’Iron Man admet, en héritier d’un Howard Stark dont Iron Man 2 (2010) faisait le double de Walt Disney lui-même.

Pour construire l’avenir d’harmonie qu’elle appelle de ses vœux, la WDC compte sur le girl power. Princesses ou présidentes, les femmes savent mieux que les hommes éluder les conflits et servir l’intérêt commun. Moana (2016) voit même dans leur rébellion contre les traditions patriarcales la seule issue à la crise écologique. Car la Terre est en danger, comme l’expose WALL-E (2008) : l’homme l’a souillée, dénaturée. L’engagement écologique des studios ne date pas d’hier, mais il a pris un nouveau tournant avec la création en France du label Disneynature (2008). Dans le milieu du management, Bob Iger est fréquemment cité pour avoir défini les enjeux financiers de l’économie verte. Il est temps que l’homme descende de son piédestal et traite enfin avec égards toutes les formes de vie – même les droïdes, ajoute avec humour L3-37 dans Solo: A Star Wars Story (2018). Il ne saurait y avoir de fin heureuse pour l’humanité sans réconciliation avec son environnement. L’urgence est de mise. Mais, pour Disney, elle ne passe pas par un catastrophisme dont Tomorrowland (2015) établit qu’il conduit à la résignation. Elle impose en revanche une introspection qui nous rappelle notre condition naturelle.

Le Disneyverse n’offre certes pas un reflet fidèle de notre époque, mais son succès international est révélateur d’aspirations qui travaillent en profondeur l’opinion publique. Il dessine les contours de consensus possibles ; c’est pourquoi il est utile de bien comprendre l’optimisme qu’il diffuse. »