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L’homme qui voulait classer le monde

Paul Otlet et le Mundaneum

Domaine(s) :
Collection :
ISBN : 2-87449-022-9
Format : 17 x 24 cm
Pagination : 352 pages
Prix : 24€
Parution : octobre 2006

Bien peu de gens connaissent aujourd’hui le nom de Paul Otlet (1868-1944), ainsi que les mots de Palais Mondial, de Mundaneum ou de Cité Mondiale. C’est comme si cette fascinante utopie avait disparu sans laisser de traces. L’aventure dura pourtant plus d’un demi-siècle, mobilisant des énergies considérables et suscitant le concours de personnalités prestigieuses.

Prolongement des rêves encyclopédiques des XVIIIe et XIXe siècles, aux accents parfois grandioses et parfois dérisoires, l’aventure du Belge Paul Otlet touche à l’histoire du livre et des bibliothèques comme à celles des institutions internationales et du mouvement pacifiste. À travers le rôle joué par Hendrik Andersen et Le Corbusier, elle constitue aussi une page importante de l’urbanisme moderne.

Dans cette passionnante biographie, Françoise Levie retrace l’histoire d’une utopie qui aurait pu réussir, d’une grande intuition qui finit par se changer en obsession, d’un rêve de Paix universelle qui bascula dans le délire. L’histoire d’un apparent échec, et d’une victoire posthume pour le moins inattendue…

La couverture de l’essai a été dessinée par François Schuiten.

À la suite de Warden Boyd Rayward, de nombreux chercheurs, en Europe et aux États-Unis, reconnaissent aujourd’hui Paul Otlet, auteur du Traité de documentation (1934), comme l’un des précurseurs conceptuels d’Internet. Avant même Vannevar Bush (généralement considéré comme le père d’Internet et de l’Hypertexte avec son article de 1945 intitulé « As we may think »), le projet du Mundaneum apparaît ainsi, à travers certaines intuitions de Paul Otlet, comme une préfiguration conceptuelle d’Internet :

« Ici, la table de travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements. De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone. » (Paul Otlet)

Mais ce sont aussi les traits de Wikipedia, comme l’indique Benoît Peeters dans sa postface à l’ouvrage, que Paul Otlet esquisse assez étonnamment, en visionnaire d’une « machinerie pour le travail intellectuel », support d’une encyclopédie totale et collective :

« Le travail de documentation se présente sous un triple aspect : il importe tout d’abord de collectionner et de classer méthodiquement tous les titres de ce qui a été écrit et publié dans les différents pays et aux diverses époques ; puis, l’oeuvre s’élargissant, il y a lieu de réduire en leurs éléments toutes les publications et tous les écrits et de les redistribuer pour en former des dossiers conçus comme les chapitres et les paragraphes d’un unique livre universel ; enfin, devant l’abondance des documents, le besoin s’impose de les résumer et d’en coordonner les matériaux en une Encyclopédie universelle et perpétuelle. Une telle encyclopédie, monument élevé à la pensée humaine et matérialisation graphique de toutes les sciences et de tous les arts est l’étape ultime. Elle aurait en fait pour collaborateurs tous les penseurs de tous les temps et de tous les pays ; elle serait la somme totale de l’effort intellectuel des siècles… » (Paul Otlet)

« Mon intérêt pour Paul Otlet est né en l’an 2000 quand j’ai décidé de lui consacrer un film documentaire. Je me suis aperçue alors, qu’à l’exception de quelques articles, il n’existait rien sur cet homme. Paul Otlet avait-il vraiment été le théoricien de la Société des Nations, l’inventeur du microfilm et de la Classification Décimale Universelle, le compagnon d’Henri La Fontaine, Prix Nobel de la Paix en 1913, l’ami de Le Corbusier et l’un des précurseurs d’Internet ? Les réponses à ces questions se trouvaient dans des dizaines de caisses à bananes qui n’avaient jamais été ouvertes depuis la mort de Paul Otlet en 1944 et qui attendaient dans une réserve du Mundaneum de Mons.

À l’intérieur, c’était le fouillis, le choc des années, le mélange des genres. Des brouillons de versions latines voisinaient avec un plan architectural de la Cité Mondiale à Anvers, des fiches retenues par des ficelles mélangées à des images de première communion, des exercices pratiques de Classification Décimale mélées à une correspondance entre les ministres de l’époque, des lettres d’amour d’une “autre” femme, une serviette contenant des dessins et des croquis particulièrement abstraits, à la limite de l’incompréhension et de la folie, en tout cas de l’obsession.

Mais curieusement le film ne me suffisait pas. Le personnage était trop complexe, trop multiple, trop méconnu, trop visionnaire… Il fallait remettre l’ouvrage sur le métier. Raconter cette histoire autrement. Resituer au plus près, au plus profond, ce qu’avait été cet homme en se servant des nombreux textes autobiographiques inédits que nous découvrîmes dans les cartons. Et c’est ainsi que cette biographie est née !

Pourtant, je ne suis issue ni du milieu des bibliographes, ni de celui des classificateurs ni encore du milieu des archivistes.

Je suis née dans le monde du cinéma. Mon père était producteur de films et j’ai suivi la voie paternelle en travaillant à la télévision. Puis je suis devenue indépendante. Depuis une vingtaine d’années, je réalise des films documentaires. C’est un métier magnifique puisqu’il permet de choisir le sujet, le pays ou encore le personnage sur lequel on voudrait travailler. Ce qui m’intéresse ? Les sujets peu connus, ceux qui permettent de faire des découvertes, ceux que l’on peut approfondir par des recherches historiques ou des archives, ou encore ceux qui concernent les femmes… En réalité, il y a un défi à relever à chaque fois. Comment montrer l’Art Nouveau, comment raconter la vie de l’espionne Mata Hari sans tomber dans le cliché et le superficiel, comment parler de l’Inde à travers un de ses personnages les plus emblématiques, la Maharani de Jaipur, comment montrer le quotidien des galeries Saint-Hubert à Bruxelles que tout le monde croit connaître ? Comment, pour revenir à Paul Otlet, construire un film à partir d’une cinquantaine de caisses à bananes pleines à ras bord ?

Mes films m’ont emmenée loin. Sur cette île perdue au milieu de l’océan atlantique, où des chevaux vivent en liberté depuis qu’un navire y fit naufrage au XIXe siècle et à laquelle on ne peut accéder qu’en hélicoptère (“Les gardiens de la Nuit”). Ou en pirogue dans les régions perdues de Borneo à la recherche des derniers seringueiros (“Une Histoire du Chewing Gum”). Ou encore dans les milieux très fermés des fétichistes du bas nylon à couture véritable (“Nylon Blues”).

Je me suis trouvée confrontée seule à cette chamane conservée dans la glace dans un baraquement de l’Académie des Sciences de Sibérie. Elle avait été enterrée avec six chevaux sous une kourgane du plateau d’Ukok, il y a plusieurs milliers d’années. Ses cheveux avaient été rasés et elle portait encore la haute coiffe ornée de feuilles d’or de la civilisation scythe. Un tatouage ornait son bras gauche et ses deux auriculaires étaient serrés par une mince ficelle rouge. (“Le Mystère des Tombes gelées de Sibérie”). Mais il n’est pas toujours nécessaire d’aller loin pour se trouver confrontée au mystère ou à l’inattendu. Si j’ai pu visiter le temple rosicrucien de la galerie du Roi à Bruxelles, il ne m’a pas été permis de le filmer (“Entre Flore et Thalie”).

Donner à voir, faire découvrir, mettre en perspective, jeter des passerelles entre le passé, le présent et le futur, permettre de mieux comprendre, tel est le sens profond de mon métier. Faire rêver aussi.

Et plus égoïstement, ce besoin vital que le métier de réalisatrice comme celui de biographe permet d’assouvir pleinement : vivre plusieurs vies en une. »

Octobre 2006

  • Prix du Parlement de la Communauté française de Belgique 2007

En 2002, sort le film de 60 minutes L’homme qui voulait classer le monde réalisé par Françoise Levie, le seul documentaire à ce jour qui raconte la vie et l’œuvre de ce précurseur qu’est Paul Otlet :

Langues : Version française, English Version, Nederlandse Versie
Script original : Benoît Peeters et Françoise Levie.
Collaboration : Mundaneum (Mons), Fondation Le Corbusier (Paris), Museo Hendrik Andersen (Rome)
Production : Sofidoc, Wild Heart Production, RTBF Charleroi (avec l’aide de la Communauté française de Belgique et du Film Fonds in Vlaanderen)
Distribution : Memento Production

www.mementoproduction.be/site/production-et-distribution-dvd/l-homme-qui-voulait-classer-le-monde

Gavroche.info

« Le personnage est attachant, mais extrêmement troublant. À lire cette première biographie que lui consacre Françoise Levie, on est en droit de se demander si l’on a affaire à un doux rêveur, un farfelu, un précurseur de génie, un dangereux maniaque ou un homme portant à bout de bras son idéal. Le tout à la fois, sans doute. »

Frédéric Saenen, Gavroche.info, décembre 2006

Archimag

« Richement illustrée, cette biographie rend hommage à la victoire posthume d’un professeur Tournesol visionnaire et incompris. »

Archimag, décembre 2006-janvier 2007

Bibliothèques en capitale

« Françoise Levie nous invite à mettre nos pas dans les siens : à découvrir avec elle, chaque strate, chaque facette au fil de l’ouverture de ces “caisses à bananes”, archives privées d’Otlet jamais ouvertes, et qui ne contiennent pas toute la connaissance du monde mais quelques clés pour découvrir et révéler un homme hors normes, présent sur tous les fronts de son époque, au coeur du destin des nations et pourtant étrangement solitaire… »

C. S., Bibliothèques en capitale, janvier-mars 2007

Image et Narrative

« Some three decades after the first biography by Warden Boyd Rayward, Françoise Levie, an independent Belgian scholar, offers a new and refreshing study which for the first time brings in the material stored in Paul Otlet’s personal archives or museum, the so-called “Mundaneum” (in the case of Otlet, words like “personal” have to be taken cum grano salis, that thin was the line between the individual and the political, the intimate and the collective throughout his life). »

Jan Baetens, Image & Narrative n° 16, février 2007

Le Carnet et les Instants

« Internationaliste par conviction et bibliographe par passion, telle fut la singularité de Paul Otlet (1868-1944), qui voulut mettre la science du classement au service de la paix. La biographie que lui consacre Françoise Levie, dans le prolongement d’un film documentaire réalisé en 2002, fait revivre un personnage digne de Borges et de Jules Verne réunis, une sorte de professeur Aronnax qui aurait entrepris de dresser le catalogue de la bibliothèque de Babel. »

Thierry Horguelin, Le Carnet et les Instants, février-mars 2007

Lire l’article complet sur le site de la Promotion des lettres

Documentaliste – Sciences de l’information

« Les documentalistes ne peuvent que se réjouir de la parution de ce document et remercier grandement l’auteure qui, dans un livre (et un film) passionnant et passionné, fait découvrir ce pacifiste infatigable et fervent qui toute sa vie a travaillé à la diffusion des connaissances et à la fraternité entre les peuples. Otlet a donné à la Documentation ses lettres de noblesse en lui donnant pour synonyme le terme d’humanisme. Pour cette raison, ce livre qui le raconte doit absolument être lu. »

Marie-France Blanquet, Documentaliste – Sciences de l’information, décembre 2007

Bulletin des bibliothèques de France

« Le livre de Françoise Levie est vivant, bien écrit, attachant. Avec beaucoup d’empathie et la lucidité nécessaire, elle rend justice à un théoricien et à un pionnier de la documentation moderne injustement oublié. Elle fait revivre dans toute sa vérité un homme singulier, qui ne rêvait que d’universel. »

Yves Alix, Bulletin des bibliothèques de France (t. LII, n° 2), 2007