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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)
5 septembre 2011

Dans la langue, il n’y a pas de listes: comme l’ont bien montré des anthropologues de l’écriture comme Jack Goody (voir La Raison graphique, éd. de Minuit), la liste n’apparaît qu’avec l’écriture. La liste est donc plus qu’un aide-mémoire, elle refaçonne complètement notre manière de penser et donc d’agir. En littérature, la liste prend deux formes. La première est rhétorique: c’est la figure de l’énumération. La seconde est visuelle: c’est la colonne. L’une et l’autre ne sont ni incompatibles, ni redondantes: l’énumération ne se dispose pas toujours en colonne, la colonne peut inclure d’autres éléments qu’énumératifs.

L’énumération n’a pas bonne réputation. Dès qu’elle s’allonge, on tend à la sauter, un peu comme on le fait avec certaines descriptions. Pourtant, rien n’apprend davantage sur les qualités d’un texte que son jeu avec l’énumération. Même sauvage et loufoque, comme l’exemple borgésien rendu célèbre par Michel Foucault dans Les Mots et les choses, l’énumération tient toujours de la contrainte, et partant du défi au lecteur: il n’y a énumération que lorsqu’il y a principe d’énumération. On peut décrire tout ce qu’on veut, et comme on veut, mais dès qu’on se met à énumérer, on est obligé de définir une catégorie d’éléments et un type de déclinaison:  théoriquement, on ne peut réunir que des éléments appartenant au même groupe, cependant qu’on doit respecter aussi un certain ordre. En pratique, il peut en aller tout autrement, et c’est là que les choses se corsent. Comme dans l’écriture à contraintes, le lecteur est invité à s’imaginer la suite du texte qu’il est en train de découvrir, et c’est une source de plaisir infini que de voir comment les bons écrivains arrivent à nous surprendre sans arrêt, non pas en cassant les règles du jeu (ce serait la solution de facilité, par en-dessous comme diraient Jean Ricardou et tous ceux que fascine la rhétorique du texte) mais en trouvant des solutions subtiles, surprenantes, inédites au jeu proposé au lecteur.

Pour cela, “size matters”: plus c’est long, plus l’auteur arrive à nous tenir en haleine, plus la réussite est grande. En ce qui me concerne, je ne me lasse jamais d’une énumération bien faite, dont chaque nouveau maillon confirme mes attentes tout en me prend au dépourvu . Je rêve d’écrire un jour un recueil de poésie qui se résumé à cela: une longue et gigantesque énumération.  Je suis loin de m’en croire capable, mais je me console volontiers des exemples  d’énumération glanés à gauche et à droite, et récemment encore dans le beau livre de Tony Tost sur les American Recordings de Johnny Cash, qui compare le style de Cash à celui de plusieurs dizaines d’autres artistes de la même tradition. Litanie impressionnante, dans laquelle Tost martèle toujours le même message: tel aspect du style de Cash est moins bon que ce qu’en fait X, Y ou Z, mais pris comme un ensemble, ce style est inégalé. Car précisions-le: une bonne énumération ne se termine pas par “etc.”, mais par un point final, qui donne la leçon.

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