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Blog Réflexions sur la littérature (2010 - 2014)

Västerås d’Elke de Rijcke (Le Cormier, 2012) est un livre nécessaire, que son auteure ne pouvait pas ne pas faire. La contrainte biographique, qui selon Bataille constitue les seuls livres qui vaillent, ne devrait pas être la seule raison de lire ce long aveu, intitulé “Journal d’une désémancipation”.

Néologisme audacieux, mais juste dans son ambivalence même. Il est rare que la poésie aborde de manière aussi intime, aussi fragile et crue, la traversée d’une dépression, et plus rare encore qu’elle le fasse sans renoncer au quotidien souvent banal, presque sordide de la victime. L’histoire d’une séparation est banale. Elle l’est beaucoup moins toutefois si l’accent se met sur l’enfant, la babysit, les tâches ménagères, le temps qui manque, l’organisation d’une semaine de vacances, les reproches, les odeurs de cuisine, les langes, la présence de l’absent ou des absents à qui l’on ne cesse de s’adresser.

Västerås est un livre sans compromission, sans autre lueur que celle de la forme. Un livre d’une densité sans faille où la désorientation, les angoisses de l’auteure sont à la fois exaspérées et mises en sourdine par le travail sur le style, dru, compact, mais jamais hermétique. Car les phrases et les images sont d’autant plus efficaces et tranchantes que n’importe quel lecteur les reconnaît d’emblée (entre parenthèses : rien ne serait plus absurde que d’imaginer que ce texte de femme ne s’adresserait qu’aux femmes).

La poésie d’Elke de Rijcke est ici très personnelle. Libre de tout procédé, presque de toute influence (on sait l’impact d’André du Bouchet sur ses premiers recueils), elle ne vise pourtant pas l’universel : ce serait ignorer la prise de risque de cette parole hyper-subjective, passer outre au socle très personnel qui l’étaye. L’auteure nomme des sensations, des sentiments, des pensées qui ne sont qu’à elle, tout en offrant à autrui de nouvelles façons de voir et partant de vivre.

Que Västerås puisse se maintenir sur la corde raide d’une sensibilité aussi littéraire et tellement extrême est un exploit, qu’il convient de saluer.

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