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Blog L'enfance de l'art
8 février 2011

Je ne connais pas ou presque pas les appels d’air, l’envie de voir le monde, l’attrait de l’exotisme, la curiosité des cuisines et des langues.

L’étranger est venu à moi par la grâce des Étrangères. Dire pourquoi un homme qui n’aime à peu près que les choses françaises a eu ses grandes histoires d’amour avec des femmes dont la langue maternelle n’était pas le français, serait tout un roman. Je sais que la plupart d’entre elles faisaient des fautes charmantes, que je rectifiais le plus doucement possible, et je me suis rarement endormi sans murmurer quelque chose comme : « On ne dit pas un mordure, on dit une morsure ».

Nos contemporains sont persuadés qu’il ne se passe rien de neuf durant le sommeil, – rien que le corps qui se refait et l’esprit qui, par le rêve, se souvient, symbolise et synthétise ses acquis du jour. En vérité, le sommeil est une aventure profonde qui nous mène autre part qu’où nous pensions aller – et où nous pensions être allés. Cette plongée, cette exploration renouvelle notre vision des choses et notre compréhension du monde – en profondeur.

Mais les voyages souterrains doivent quand même se concrétiser de temps à autre par des voyages véritables. Sans quoi on devient un rêveur replié.

Avec mon corps encombrant et facile, j’ai fait le tour du monde. Dans les grandes lignes : l’Afrique Centrale, les Balkans, le Vietnam, l’Ontario. J’étais quand même surtout européen et paresseux. Plus que ces mouvements rapides ou légers, ces remuements de bagages et de mers, j’ai surtout aimé les endroits hors du monde : Genève (Claparède), Manhattan (64e rue Est), Neuilly (quartier Saint-James) sont les haltes où j’ai le mieux aimé dormir. Fausses villes possédées par l’esprit de finesse, où il ne fallait pas faire semblant de s’intéresser à la pensée sauvage, aux syndicats ou au folklore pour subsister. Les bibliothèques publiques, les restaurants cosy, les chambres anonymes et soignées, les squares sans pigeons, la vie libre, courte, sans corps sauf pour en jouir, dans un raidissement de la lumière.

Et la lecture, partout, tout le temps.

Sur cette planète ridicule, il n’y a presque de vivant et d’aigu que les livres. Le monde immense des marchandises ne vend que son image en miroir. La seule chose amusante est  d’envoyer des messages aux quatre coins du monde – on a voyagé – et d’en recevoir des réponses plates comme des cartes postales.

Il me semble que ces aventures de voyageur qui ne voyage pas font entrevoir une autre histoire : celle d’un homme qui tentait d’opposer des passions dévorantes à la frivolité et à la fuite. Une certaine nécessité, à la fois heureuse et implacable, d’accomplir ses sombres travaux : « Tu écriras de toute ton âme, ou tu seras détruit. »

Mais plus j’écris, plus je me libère, et ma gravité ne peut presque plus rien contre ma légèreté.

Je sais que bientôt, après une nuit trop courte, je me lèverai en douce, je m’habillerai dans le noir, et je marcherai jusqu’à la station de taxis, je courrai plutôt, il y en aura un, un seul, qui attendra devant l’hôpital américain, j’aurai un gros sac de voyage encombrant, je m’y reprendrai à deux fois pour ouvrir la portière, le chauffeur sera sûrement pakistanais, on les identifie au fait qu’ils ne connaissent rien à la ville, qu’ils ont eu leur licence au titre de réfugiés politiques. Je lui dirai de rouler tout droit, je lui expliquerais en cours de route, on va à Roissy, vous voyez Roissy, monsieur Abdul ? L’aéroport. On va prendre le périph, roulez, roulez, ça commence maintenant.

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